Aux yeux des vivants (Note : 7/10)

 

Date de sortie : 30 avril 2014

Réalisateur : Julien Maury, Alexandre Bustillo

Acteurs : Béatrice Dalle, Chloé Coulloud, Anne Marivin, Francis Renaud, Theo Fernandez…

Genre : Horreur

Pays d’origine : France

 

Synopsis :

« Un été chaud et sec. Fuyants leur dernier jour d’école, Dan, Tom & Victor, trois adolescents inséparables, se perdent dans la campagne avant de s’engouffrer dans les méandres d’un vieux studio de cinéma abandonné. Un lieu décrépi devenu depuis le repère d’Isaac et Klarence Shooter, un homme et son étrange fils, bien décidés à ne pas laisser le trio dévoiler leurs sombres secrets aux yeux des vivants.
La nuit tombe. De retour chez eux, les adolescents ne tarderont pas à s’apercevoir que quelque chose les a suivis et que la nuit risque d’être l’une des plus longues de leur vie… » (synopsis Allocine)

 

Critique :

C’est à l’occasion de « La nuit du slasher », organisée par l’équipe du PIFFF, que j’ai pu découvrir le dernier film de nos deux réalisateurs français, Julien Maury et Alexandre Bustillo : « Aux yeux des vivants ». Et après l’agréable surprise que fut « Goal Of The Dead », on peut dire que le cinéma d’horreur français nous gâte ces derniers temps (profitons-en, c’est rare). Car oui, « Aux yeux des vivants » est une belle réussite.
Le parcours de nos deux réalisateurs n’a pas toujours été évident. Eux qui ont plusieurs fois tenté de réaliser un film aux Etats-Unis (entre autres Halloween 2) mais qui ont dû abandonner par manque de liberté artistique, les voilà qui persistent à faire du cinéma de genre en France et on ne va pas s’en plaindre.
Après leur bouleversant « À l’intérieur » et ensuite leur plus mitigé et poétique « Livide » (moins bien accueilli par la critique, mais qui avait pourtant pas mal d’idées intéressantes), les messieurs reviennent en force avec leur dernier film.

Dès la première séquence, le film annonce la couleur. L’ambiance est malsaine, gênante et assez trash. Le tout porté par une Béatrice Dalle toujours aussi impressionnante.

Le changement de ton opéré par nos réalisateurs est intéressant. L’exposition du film se présente sous forme de conte fantastique, d’un film d’aventure semblable à celui des « Goonies ». L’histoire introduit trois enfants qui décident de sécher les cours et d’aller traîner et s’amuser dans leurs paysages de campagne. L’ambiance est sur le ton de la rigolade, on s’attache aux personnages en suivant leurs enfantillages. Chacun d’eux a un caractère bien défini et nos jeunes comédiens sont assez naturels.
La mise en scène met en avant le décor principal, celui d’un studio de cinéma abandonné (propice à un film d’horreur), et l’expose sous toutes les coutures à l’aide de beaux mouvements de grues. Une réalisation qui renforce l’idée d’une aventure sur le point de commencer. Une sensation confirmée par une musique captivante. Une atmosphère générale qui nous replonge en enfance.

C’est dans la seconde partie du film, une fois que les enfants ont découvert un lourd secret au studio, que l’histoire sombre dans le pur film d’horreur. Et le moins que l’on puisse dire, c’est que nos deux réalisateurs commencent à maîtriser le genre à la perfection.
On assiste à trois scènes consécutives, une avec chaque enfants, extrêmement effrayantes. Trois attaques surprises de cet étrange enfant découvert dans le studio abandonné. Il a un physique totalement angoissant, grand, maigre, chauve et nu, le genre de personnage qu’on a déjà pu croiser dans certains films tels que « La colline a des yeux », « Rec », « Insensible » ou encore un film italien moins connu, mais tout aussi efficace : « Shadow » de Federico Zampaglione (références assumées par les réalisateurs). Ce personnage va vous faire froid dans le dos, ses différentes apparitions créent un suspense insoutenable et sa présence face à la caméra nous terrifie. La réalisation est minutieuse et s’amuse à nous faire deviner la présence de ce monstre via des changements de mise au point (apparition floutée du personnage) ou des jeux avec le hors-champ. Les déclencheurs de la peur sont multiples : la fameuse présence sous le lit ou sous les draps (qui est toujours appréciable quand elle bien amenée) ou encore la présence de l’intrus visible sur l’écran de la caméra de surveillance. Vous allez vous recroqueviller dans votre fauteuil pendant ces séquences horrifiques.

Nos réalisateurs osent des choses et leur audace est récompensée. Car en plus du suspense, des sous-entendus, d’une tension palpable, certaines séquences n’hésitent pas à plonger dans de l’horreur crue avec des effets visuels parfois plus sanglants et explicites. Le film rempli donc entièrement sa mission, il nous fait peur, nous met mal à l’aise et parvient même à nous écœurer.

L’une des grandes qualités du scénario, contrairement à la majorité des films d’horreur, est que le dénouement est imprévisible. On assiste impuissant à de terrifiantes séquences sans pouvoir anticiper ce qui va suivre. Une qualité rare et appréciable. L’histoire est originale et l’intrigue nous tient en haleine du début à la fin.

On pourrait sûrement reprocher au film une partie d’exposition un peu longue, bien que nécessaire pour la découverte des personnages, et un final brouillon. À la fin de la projection, certains spectateurs réprouvaient l’influence américaine. Un aspect qui d’après moi n’est pas dérangeant à partir du moment où le film est efficace, ne sombre pas dans un simple copié-collé et reste crédible. D’autant plus qu’ « Aux yeux des vivants » est un hommage au cinéma américain et que le film devait être réalisé aux Etats-Unis.

Je ne vais pas crier au chef d’œuvre, mais « Aux yeux des vivants » est un très bon film d’horreur qui n’a rien à envier à nos voisins. Les personnages sont attachants et la peur est au rendez-vous, on n’en demande pas plus.

Krueger

Note : 7/10

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