Blair Witch (Note : 6/10) – Étrange Festival

Blair Witch critique :

Voilà l’un des films les plus attendus de cette 22e édition de l’Étrange Festival. Il n’est jamais évident pour un réalisateur de s’attaquer à ce genre de mastodonte du cinéma d’horreur. Que ce soit dans le cas d’un remake ou d’une suite, comme c’est le cas ici, les fans du genre attendent le film au tournant, prêts à y déceler la moindre référence, le moindre défaut, l’esprit empli de nostalgie. Le film Le projet Blair Witch de 1999, réalisé par Eduardo Sánchez et Daniel Myrick, est sûrement l’un des films les plus marquants de l’histoire du cinéma d’horreur. En premier lieu car celui-ci, après le chef d’œuvre Cannibal Holocaust de Ruggero Deodato, a réussi à révolutionner l’approche de la mise en scène en imposant le style du found footage. Une approche extrêmement réaliste et qui est même parvenue à créer un incroyable buzz sur la toile à l’époque, en faisant croire à la disparition des acteurs et à des images qui pourraient être bel et bien réelles. De plus, Le projet Blair Witch est l’un des films les plus rentables de l’histoire du cinéma. Avec un budget autour des 60 000 dollars, celui-ci a engendré plus de 140 millions de recettes rien qu’aux États-Unis. Un véritable tour de force, prouvant que le cinéma peut engendrer de belles pépites avec très peu d’argent, une bonne idée et une approche originale. Aujourd’hui, l’influence du film sur l’ensemble du cinéma d’horreur contemporain est indéniable. On n’a de cesse de subir une médiocre panoplie de found footage sans qu’aucun d’entre eux, mis a part quelques exceptions telles que Rec, ne parviennent à égaler Le projet Blair Witch. Après une suite totalement lamentable en 2 000, le film refait surface avec une nouvelle suite 16 ans plus tard. Pour un réalisateur, comment s’attaquer à un tel projet sans faire caca mou ? À qui confier les rênes d’un tel projet ? Ce n’est autre qu’Adam Wingard, l’un des réalisateurs les plus prometteurs du moment, auteur de You’re Next et The Guest, qui a relevé ce défi.

Ce nouveau projet a d’ailleurs lui aussi réussi à créer la surprise sur le Net, en s’intitulant dans un premier temps “The Wood”, un projet très mystérieux, avant d’annoncer qu’il s’agissait de la suite de Blair Witch. Une stratégie suffisante pour faire couler assez d’encre.

Nous attendions cette projection avec impatience à L’Étrange Festival, qu’en est-il de ce nouveau Blair Witch ?

James et ses amis décident de s’aventurer dans la forêt de Black Hills afin d’élucider le mystère autour de la disparition de sa sœur dix ans plus tôt. Les amis de James sont toutefois conscients de l’absurdité d’un tel projet mais décident quand même de le soutenir. Ils rencontrent grâce à Internet, deux personnes de la région qui leur proposent de les accompagner dans leur périple. Très rapidement, le groupe va se rendre compte que la menace dans les bois est bel et bien réelle, et va vivre un véritable calvaire.

Blair Witch capture

Partant d’un pitch extrêmement simple, permettant d’installer rapidement ses personnages dans la fameuse forêt, l’approche de . Adam Wingard garde l’esprit du found footage en y ajoutant quelques gadgets modernes tels que des mini-caméras fixées aux oreilles ou même un drone pour avoir une vue d’ensemble de la forêt. On garde l’esprit documentaire avec une caméra qui bouge parfois dans tous les sens. Cette première partie, un peu rébarbative et descriptive (les personnages sont peu intéressants), est heureusement relativement courte pour laisser place rapidement à l’effroi. À l’image de son prédécesseur, la source de terreur est rarement montrée explicitement et joue sur la suggestion. Tout repose essentiellement sur la réaction des personnages, sur leurs vues subjectives souvent saccadées, et le travail sur le son. Et malgré le nombre de films ratés réutilisant cette recette, force est de constater que Blair Witch s’en sort à merveille. L’ambiance est pesante et mystérieuse. La tension est constante et le film est véritablement effrayant. Certes, on peut aisément déplorer le nombre de jump scares, les considérer comme une solution de facilité pour faire sursauter l’adolescent prépubère, mais ceux-ci restent tout de même très efficaces et se justifient dans cette approche de Blair Witch où la peur provient essentiellement de l’attente et de la perception des personnages principaux. D’autant plus que le film nous réserve bien d’autres qualités en terme de mise en scène. Le travail sur le son est tout simplement remarquable et Adam Wingard nous offre quelques plans somptueux, chose suffisamment rare dans le found footage pour le souligner. C’est le cas lors des scènes d’émotion, où les personnages sont face à face, filmés en très gros plans grâce à des caméras fixées à leurs oreilles. Ce dispositif se concentre sur leurs expressions, éclairées par un jeu de lumière extrêmement bien pensé malgré l’ambiance nocturne. Mais c’est en particulier lors de la dernière séquence que le réalisateur s’en donne à cœur joie et apporte de très bonnes idées. On passe du décor aéré de la forêt à une ambiance claustrophobique de la maison et de ses tunnels souterrains. La séquence où le personnage rampe dans les tunnels est sûrement l’une des plus intéressantes du film, aussi bien en termes de mise en scène et de situation, que de ressenti psychologique. Et malgré les nombreuses critiques qu’il a essuyé, souvent dues à la comparaison avec le premier film, le dernier plan du film est très bien pensé. Blair Witch n’en fait jamais trop, et même les vives apparitions monstrueuses, du coup plus explicites, sont très bien amenées.

Ce nouveau Blair Witch se démarque de l’original avant tout par son approche scénaristique lorgnant vers le côté fantastique. Alors que le premier film se contentait de petits détails horrifiques, comme des morceaux de chairs retrouvés au sol, ce nouveau film intègre progressivement une ambiance fantastique. Elle s’immisce dans un premier temps discrètement, lorsque l’on aperçoit la blessure d’un des personnages bouger toute seule à l’intérieur de la chair. Par la suite, on comprend que le film joue également sur une distorsion de la temporalité, qui semble varier pour chacun des personnages. Un aspect intéressant qui apporte beaucoup de mystère au film. On pourrait cependant regretter une piste amorcée en début de film et désamorcée bien trop rapidement, à savoir la manipulation du couple de la région pour faire croire au reste du groupe à la réelle présence de la sorcière. Une idée non aboutie qui aurait pu instaurer un climat de méfiance et de paranoïa beaucoup plus important au sein du groupe. Mais l’aspect fantastique prend rapidement le dessus et nous offre dans la durée un film beaucoup plus spectaculaire, à l’image des tentes qui s’envolent dans les airs. Un parti pris certes discutable, mais qui a le mérite d’être remarquablement maîtrisé.

Il va sans dire que Blair Witch écope de nombreuses critiques négatives. Son véritable problème est d’être affilié au Projet Blair Witch et de subir la comparaison. En soi, le film est plutôt réussi. Certes, il n’apporte pas grand chose de nouveau, son développement scénaristique et ses personnages se contentent du minimum, mais celui-ci est un pur divertissement, extrêmement effrayant, et n’a d’autre ambition que d’accrocher le spectateur à son siège. Pari réussi.

Krueger

Note : 6/10


Réalisateur : Adam Wingard

Scénario : Simon Barrett

Casting : James Allen McCune, Callie Hernandez, Corbin Reid

Genre : Found Footage

Pays : Etats-Unis

Date de sortie cinéma France : 21 septembre 2016

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