(Étrange Festival) It Follows (Note : 5/10)

Date de sortie : Janvier 2015 (France)

Réalisateur : David Robert Mitchell

Acteurs :  Maika Monroe, Keir Gilchrist, Daniel Zovatto, Linda Boston, Aldante Foster …

Genre : Épouvante-Horreur

Pays d’origine : États-Unis

Synopsis : Après une expérience sexuelle apparemment anodine, Jay se retrouve confrontée à d’étranges visions et à l’inextricable impression que quelqu’un, ou quelque chose, la suit. Face à cette malédiction, Jay et ses amis doivent trouver une échappatoire aux horreurs qui ne semblent jamais loin derrière…

Critique :

Si Alléluia était un film attendu par les fans d’horreur, It Follows, second long métrage du jeune réalisateur David Robert Mitchell, était l’événement de l’Étrange Festival. Le film avait en effet marqué les esprits lors de sa projection à La Semaine de la Critique du Festival de Cannes 2014. Et ce n’est autre que le directeur de l’Étrange Festival, Frédéric Temps, qui nous a présenté le film, révélant ainsi son coup de cœur de l’année. Ce dernier souligne la filiation du film avec le cinéma d’horreur des années 80 et met en avant tout le travail sonore accompli. Mais c’est surtout la comparaison de Frédéric Temps, qualifiant It Follows de « Freddy revisité par David Lynch », qui a attiré notre attention et, subséquemment, attisé notre curiosité. It Follows est-il un si bon film ? Fera-t-il date dans le genre horrifique ? Va-t-on découvrir un film qui va accéder au statut de classique du genre ?

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It Follows met en scène une jeune et charmante adolescente, Jay, qui, un soir, couche avec Hugh, un jeune homme séduisant et taciturne au comportement étrange. Après les ébats, ce dernier attache Jay à une chaise et lui révèle un terrible secret : il vient de lui transmettre une malédiction (par l’acte sexuel) qui la poursuivra indéfiniment si elle ne la transmet pas à son tour. Pour prouver ses dires, le jeune homme lui montre au loin une femme nue, ensanglantée, qui s’avance vers eux d’un pas machinal. Après cette première expérience traumatisante, Jay va tenter de fuir cette malédiction et d’en savoir davantage.

Le thème d’It Follows fait irrémédiablement penser à Ring, où seule la transmission de la cassette vidéo maudite pouvait annuler la malédiction. Mais la comparaison s’arrête là, tant Ring est un film ambitieux et cohérent, pouvant être interprété comme une métaphore du devoir de mémoire, tandis qu’It Follows apparaît plus confus sur le sens que revêt cette malédiction. Certes, David Robert Mitchell ne démérite pas et apporte un soin particulier à la réalisation, optant pour une caméra mouvante qui semble refuser l’immobilité. La caméra se meut lentement par le biais de travellings et de zooms symbolisant la menace qui s’avance vers Jay sans jamais s’arrêter. Il en va de même pour les nombreux plans panoramiques où, à partir d’un point fixe, la caméra tourne sur elle-même, dévoilant ainsi progressivement les différents éléments du décor, à la manière d’un regard qui scrute les alentours à la recherche d’une éventuelle menace. Si l’influence de David Lynch ou de Jacques Tourneur ont souvent été évoquées, c’est celle de John Carpenter qui est immédiatement visible par le cadre où se déroule l’action (une banlieue pavillonnaire) et l’atmosphère musicale (la musique électro au synthétiseur).

Mais ce qui rompt ici le charme, c’est le scénario, qui n’offre aucun enjeu et s’enferre dans la seconde moitié du film. Dès la première séquence, David Robert Mitchell brise le charme et le mystère de la menace en montrant à l’image ce qu’elle est capable d’accomplir. La jeune fille du début se retrouve seule sur une plage, éclairée par les seuls phares de sa voiture, laissant apercevoir derrière elle une épaisse obscurité, la mer, mais qui, sans éclairage, s’apparente à un précipice dans lequel la jeune fille semble sur le point de tomber. Les feux arrière rouges de la voiture et les phares avants confèrent au véhicule une physionomie monstrueuse qui guette la jeune femme. On la retrouve le lendemain inerte, le corps disloqué. Cette première scène est certes visuellement riche, mais elle rompt immédiatement l’ambiguïté de la menace pour lui substituer une univocité, celle du mal : elle implique que non seulement la malédiction est malveillante mais qu’elle tue dans d’atroces souffrances les personnes condamnées. En quelques minutes, le suspense est dissipé, et l’on va assister, souvent de manière répétitive et ennuyeuse, à une course-poursuite sans fin. Dès lors, on peut se demander pourquoi David Robert Mitchell n’a pas laisser planer le doute sur la nature de la menace ? Est-ce dû à la référence appuyée au slasher, qui offre, dès les premiers instants, une scène de meurtre ? S’il nous avait épargné cette scène, n’aurait-on pas été davantage intrigués, en nous demandant notamment si cette menace est, au fond, si malveillante que le pense Jay ?

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Outre cette critique d’ordre narratif, le sens métaphorique de cette menace fait aussi question et trouble le spectateur. Si cette malédiction se transmet par l’acte sexuel, il est tentant d’en conclure que l’abstinence est le seul moyen de se prémunir d’elle. Mais dans ce cas, David Robert Mitchell condamnerait-il les ébats sexuels adolescents ? Qu’incarne réellement cette menace ? Une MST ? La tentation est grande de lire dans It Follows un fond idéologique conservateur, mais une telle conception paraît bien simpliste et il semble plus prudent d’y voir une référence aux slashers des années 80 où le sexe était puni par un coup de machette. Car It Follows épouse le point de vue d’adolescents, exclusivement. Les parents, parfois cités, n’apparaissent que furtivement à l’écran, et sont souvent floutés (comme la mère de Jay qui lui caresse le bras à l’hôpital). Dès lors, cette menace peut être interprétée comme le symbole de la culpabilité ressentie par les adolescents. Les formes humaines que prend la malédiction, souvent les traits de corps sales dénudés, incarneraient en ce sens le tabou social de l’acte sexuel, encore perçu comme une chose « sale » et condamnable. Mais dans ce cas, pourquoi avoir établi comme règle de rémission l’acte sexuel ? (autant le dire, le meilleur moyen pour se débarrasser de la malédiction est d’organiser une partouze…). Le réalisateur américain entretient volontairement le flou à des fins poétiques, mais la confusion des points de vue (l’action n’étant pas perçue uniquement du point de vue de Jay comme l’atteste la première scène) jette le flou sur la portée et le sens métaphorique de la malédiction.

Après Mister Babdook et It follows, il convient de se méfier de ces films d’horreur encensés par la critique (notamment non spécialisée), qui annonce avec aplomb un certain renouveau du genre. Il suffit de jeter un rapide coup d’œil aux deux films pour se rendre compte que le principal socle commun, celui qui a très certainement charmé la critique, est le déploiement d’effets principalement suggestifs. Si ces deux films ont évidemment des qualités indéniables, il nous paraît exagéré et non justifié de les placer en si haute estime. Car au final, Mister Babadook et It follows sont des œuvres mesurées, sans grande audace, qui séduisent principalement par leur beauté plastique. Mais de tels éléments suffisent-ils à faire un bon film d’horreur ?

Tetsuo

Note : 5/10

 

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