Leatherface (Note : 4/10)

Depuis le temps que nous attendons, les deux réalisateurs français, Alexandre Bustillo et Julien Maury, sont enfin parvenus à réaliser un film aux États-Unis. En effet, leur parcours de réalisateur n’a cessé de jongler entre projets avortés aux États-Unis et réalisations plus ou moins réussies en France. Après un succès remarqué avec À l’intérieur (qui restera surement leur meilleur film…), adapté aux États-Unis, les deux réalisateurs ont souvent été approchés par les Américains. Ils avaient dans un premier temps comme ambition de réaliser un remake de Massacres dans le train fantôme, dévoilant ainsi une première envie de se rapprocher de la filmographie de Tobe Hooper. Un projet refusé rapidement. Deuxième tentative avec Hellraiser qui subit le même sort malgré le soutien de Clive Barker. L’espoir était grandissant lorsque les deux hommes s’attaquent à la suite d’Halloween de Rob Zombie avant que celui-ci ne décide de la réaliser lui-même, balayant ainsi les deux réalisateurs français. Nouvel échec avec le remake des Griffes de la nuit en raison d’un désaccord sur le scénario. Bref, malgré tous ces échecs, les deux hommes persistent et se consolent en réalisant deux films français, Livide et Aux yeux des vivants. Mais leurs efforts seront récompensés avec ce prequel de Massacre à la tronçonneuse, sobrement intitulé Leatherface. Enfin !

Projeté en avant-première au PIFFF, l’excitation était présente. Nous allons enfin découvrir ce que valent les deux réalisateurs dans une réalisation américaine. Et malgré tout le respect que j’ai pour Alexandre Bustillo et Julien Maury, jamais je n’aurais imaginé un film aussi mauvais. Véritable échec à tous les points vus malgré une sincérité de traitement qu’on ne peut remettre en cause.

Le film débute sur les chapeaux de roue avec une scène extrêmement gore et malsaine, à l’image de cette famille que nous avions hâte de retrouver, totalement déséquilibrée. Une ambiance bien glauque que nous ne retrouverons malheureusement plus tout le long du film, si ce n’est sur la séquence finale qui tombe dans la surenchère. Mais cette première séquence met le doigt sur le premier gros problème du film, l’aspect psychologique de leatherface. Celui-ci est présenté comme un petit garçon sain qui se voit forcé de commettre des actes de violence. Et comme si faire parti d’une famille de dégénérées et de consanguins ne suffisait pas, le film va s’évertuer à justifier une évolution psychologique de leatherface d’une crédibilité proche de 0. Au lieu de se contenter du contexte familial et d’une maladie mentale abordée par Tobe Hooper, les deux réalisateurs plongent Leatherface dans un hôpital psychiatrique (et pouf, vive l’originalité…) et le confronte à divers évènements lors d’un road trip qui vont justifier son basculement dans la folie et la violence. Leatherface passe du caractère de Oui Oui à celui d’un véritable psychopathe en un clin d’œil. Même avec toute la meilleure volonté du monde, on n’y croit pas une seconde, et cet acharnement à trouver des explications psychologiques à l’état mental de Leatherface fait perdre au boogeyman toute son aura terrifiante. On comprend bien la volonté des réalisateurs de rendre Leatherface humain afin que le spectateur s’apitoie un minimum sur son sort… mais difficile d’y parvenir en nous gavant de clichés éculés du cinéma de genre.

Et en termes de clichés et de crédibilité, on n’est pas au bout de nos surprises. Difficile de plonger dans l’univers du film tant celui-ci nous présente une caricature du Texas. Peut-être le reflet de notre fantasme en tant que français nourri aux films américains. De même pour les personnages qui sombrent facilement dans la caricature. Que dire de ce flic revanchard prêt aux pires atrocités pour laver l’honneur de sa fille au point qu’il en devient ridicule ? De ces patients d’hôpital psychiatrique qui se doivent d’être tellement fou qu’ils baisent avec un cadavre en lui roulant des pelles ? De ces situations grotesques où nos trois personnages se cachent dans le corps d’un taureau ? De la façon dont Leatherface se retrouve défiguré ? Le tout accompagné par une direction d’acteur plus que médiocre. Alexandre Bustillo et Julien Maury ne font jamais dans la demi-mesure et sont sans cesse dans la surenchère visuelle et psychologique. L’univers ne prend pas, les personnages nous laissent indifférents et le traitement scénaristique est extrêmement bancal.
(ATTENTION SPOIL) Les deux réalisateurs tentent même un twist casse-gueule au milieu du film sur l’identité de Leatherface. Ambitieux, certes, mais totalement inutile, et qui anéanti l’équilibre du film.
Et histoire d’enfoncer le clou, la mise en scène est très peu inspirée, sans saveur, aucune prise de risque et beaucoup trop académique.

On voulait y croire, sincèrement, mais cette projection de Leatherface aura été douloureuse. Alexandre Bustillo et Julien Maury sont capables de mieux, c’est une évidence. Ils savent nous mettre mal à l’aise en instaurant une ambiance malsaine et effrayante. Mais lorsqu’on se perd dans un scénario bancal, un traitement des personnages bas de gamme, un manque de crédibilité globale au point qu’à aucun moment on ne se retrouve ancré dans l’histoire, cela paraît difficile de défendre ce film…

Krueger

Note : 4/10


Date de sortie : 2 janvier 2018 (DVD)

Réalisateurs : Julien Maury, Alexandre Bustillo

Acteurs : Stephen Dorff, Lili Taylor, Sam Strike…

Genre : Horreur

Pays d’origine : États-Unis

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Leatherface