L’Etrange Festival : cérémonie d’ouverture/The Darkness

On y est ! C’est la 22 ème édition de l’Etrange Festival et la programmation de cette année s’annonce une nouvelle fois excellente. Et comme à son habitude, ce qui fait la qualité du festival est bel et bien son éclectisme. Le genre est mis à l’honneur à l’Etrange Festival, entre films d’animation, films d’horreur, polars, thrillers, comédies, documentaires, événements et autres concerts, chaque spectateur à de quoi trouver son bonheur. Évidemment, notre équipe d’Au Cœur de l’horreur va essentiellement se concentrer sur le genre horrifique, mais nous nous laissons tout de même la liberté de vous parler des autres films qui satisferont nos papilles et notre appétit macabre. Cette année, le festival nous propose une journée supplémentaire comparé aux années précédentes, de quoi savourer cette ambiance festivalière plus longtemps. Une édition qui prouve que le festival perdure, à de la bouteille, et détient une belle renommée, le tout grâce à sa qualité indéniable. Et malgré les quelques critiques qu’il peut essuyer dans la presse, celui-ci reste fidèle à ses principes et à son amour du genre. Et cette longévité existe car le public, lui aussi reste fidèle, et tous les ans nous retrouvons les mêmes visages, les mêmes rires, les mêmes traces de vomis… Tout en accueillant de nouvelles âmes prêtes à être consumées.

Et quel plus grand honneur pour ouvrir le festival que la présence du grand Alejandro Jodorowsky. À peine arrivé sur scène, l’homme a le droit à une standing ovation extrêmement touchante. Ce grand réalisateur ne peut-être qu’adulé par des fans du genre et son aventure sur Dune, que nous avons pu découvrir récemment au cinéma grâce au documentaire Jodorowsky’s Dune, ne fait qu’augmenter notre admiration envers lui. Un accueil digne de l’artiste qu’il est. Sous le coup de l’émotion et après un discours rapide, nous avons le droit à une présentation du court-métrage de la soirée, Decorado, un film d’animation réalisé par Alberto Vasquez.

DECORADO Trailer from UNIKO on Vimeo.

Production française et espagnole, Decorado est un film de 11 minutes à l’humour noir et cynique. “Arnold, un petit ourson, s’interroge : derrière des allures de décor merveilleux et idyllique, est-ce que son monde ne serait pas factice ?”. Sous ses aspects enfantins et idylliques, Decorado dépeint tous les vices de l’être humain et de notre société. Traité en apparence avec une certaine légèreté, le film est empli de réalités dérangeantes. Sous un rythme soutenu, le réalisateur nous présente tout un monde austère avec ses personnages pervers et malsains. Faisant écho à notre propre réalité, le film ne nous laisse pas indifférent et la chute, brillante, enfonce le clou et force le personnage principal à accepter le décor qui l’entoure. Drôle, intelligent, rythmé et dérangeant, Decorado est le court-métrage parfait pour ouvrir cette 22ème édition de l’Etrange Festival.


L'Etrange Festival : cérémonie d'ouverture

LAS TINIEBLAS – 2016 – COULEUR – 91 MN – VOSTA – MEXIQUE, FRANCE – FANTASTIQUE

RÉALISATION : DANIEL CASTRO ZIMBRÓN.
PRODUCTION : PABLO ZIMBRÓN ALVA.
SCÉNARIO :DANIEL CASTRO ZIMBRÓN, DENIS LANGUERAND.
MONTAGE : DANIEL CASTRO ZIMBRÓN, YULENE OLAIZOLA, NATALIA LOPEZ. PHOTOGRAPHIE : DIEGO GARCIA.
MUSIQUE : CARLO AYHLLON.
AVEC : BRONTIS JODOROWSKY, ALIOCHA SOTNIKOFF RAMOS, CAMILA ROBERTSON GLENNIE

Nous avons eu également le plaisir d’accueillir Daniel Castro Zimbrón, le réalisateur de The Darkness, premier long-métrage de cette nouvelle édition. Prenant place dans un monde vraisemblablement post-apocalyptique, The Darkness est un film de survie où l’on suit une famille composée d’Argel, sa sœur Luciana, son frère Marcos et leur père. Toute la famille vit recluse dans une cabane perdue au milieu d’une forêt. L’extérieur est brumeux et inquiétant. Pour survivre, Marcos et son père partent régulièrement à la chasse, équipés de leurs masques à gaz pour échapper à l’air contaminé de l’extérieur. La forêt est habitée par une bête sauvage qui rend toute sortie dangereuse. Un vacarme assourdissant fait parfois son apparition, indiquant ainsi l’arrivée de la bête et forçant toute la famille à s’enfermer dans leur cave, cloisonnant toutes les fenêtres. Jusqu’au jour où le frère aîné Marcos ne revient pas comme prévu de la chasse avec son père. Argel va tout faire pour le retrouver quitte à se risquer dans les bois et à se méfier de plus en plus de son père.

The Darkness est un film minimaliste et contemplatif au rythme très lent. Cette situation de survie et ce rythme de narration nous font penser dans un premier temps au film The Survivalist, réalisé par Stephen Fingleton, que nous avions découvert l’année dernière au FEFFS. Mais l’aspect fantastique du film nous rapproche plus de l’univers d’Andreï Tarkovski ou encore de celui de John Carpenter. Le réalisateur Daniel Castro Zimbrón, lui, se réfère davantage à la peinture pour décrire son film en citant des peintres tels que Caravage, Vermeer et Rembrandt. The Darkness est un film très mystérieux du début à la fin. Seul le personnage du père semble connaître la vérité sur le monde qui les entoure. Celui-ci est d’ailleurs remarquablement interprété par Brontis Jodorowsky. Malgré la rudesse de ses propos et son addiction à l’alcool, le film nous épargne le cliché du père trop violent et insensible. Bien au contraire, celui-ci est la première victime de la situation et s’évertue à garder sa famille en sécurité. C’est d’ailleurs tout le thème du film : la protection de la famille, poussée à l’extrême. Jusqu’où est prêt à aller un père pour protéger ses enfants ? De cette obsession découle toute la folie du père, ancien marionnettiste de profession et qui cherche à diriger la vie de ses enfants comme il le ferait avec ses marionnettes. “La bête” de la forêt ne serait que le symbole du danger à l’extérieur de la maison et le côté sombre de l’espèce humaine.

Malgré le rythme lent du film qui risque d’en rebuter plus d’un, The Darkness prouve une nouvelle fois que les films d’auteurs post-apocalyptiques ont encore des choses à dire et parviennent à se renouveler en présentant des personnages touchants et un univers intéressant et mystérieux. Porté par d’excellents comédiens, le film fait également preuve d’une grande maîtrise en terme de mise en scène, même si le décor principal n’est autre qu’une cabane (la réalisation se fait beaucoup plus libre dans les scènes de forêt). Soulignons également le travail sonore qui à lui seul confère toute l’atmosphère inquiétante et angoissante nécessaire au film.

NOTE : 7/0

C’est donc avec un excellent film que s’ouvre cette 22ème édition de l’Etrange Festival. Nous avons hâte de découvrir la suite !

L'Etrange Festival : cérémonie d'ouverture

Projet affiche Etrange Festival 2015