Der Nachtmahr (note : 6/10) : PIFFF 2015

Critique Der Nachtmahr :

Der Nachtmahr est un film allemand réalisé par le plasticien Akiz. Un artiste intrigant à l’univers plutôt sombre et inquiétant. Le genre de personnalité propice à la réalisation d’un film d’horreur. Celui-ci semble avoir une fascination toute particulière pour les fœtus. Si vous parcourez son site Internet, vous pourrez par exemple observer la conception d’un fœtus de Pikachu (rassurez-vous, il reste quand même mignon). C’est d’ailleurs l’une de ses conceptions de fœtus qui l’a poussé à réaliser le film Der Nachtmahr. Une créature étrange, mi-fœtus, mi-vieillard, qui hante l’esprit de notre artiste au point de lui donner vie dans un film. Le résultat est bluffant, gênant et hypnotisant. Der Nachtmahr est une œuvre intéressante et captivante, à l’esthétique visuelle légèrement expérimentale (à déconseiller aux épileptiques).

Tina est une jeune étudiante qui passe la plus grande partie de son temps à faire la fête avec ses amis. Du jour au lendemain, une petite créature étrange va s’immiscer dans sa vie. Dans un premier temps, elle est invisible aux yeux des autres et Tina comprend que la créature entretien un lien physique avec elle. Les blessures que subit la créature se répercutent sur Tina. Seulement, celle-ci est la seule à voir ce petit monstre étrange et ses réactions rendent ses parents et ses amis inquiets sur son état mental. À tel point que Tina sera contrainte de suivre une thérapie.

À l’ouverture du film, le réalisateur nous met en garde via quelques lignes sur l’aspect esthétique de son film. Il est déconseillé aux épileptiques et l’ambiance sonore risque d’en agresser plus d’un. Effectivement, le premier quart d’heure est tout simplement insupportable. Akiz nous immerge dans une soirée étudiante où règnent la drogue et la musique à fond. En plus d’une vision sur la jeunesse un peu facile, les sautes de lumière style boite de nuit s’enchaînent au point de nous écoeurer. D’une part, l’effet n’apporte rien d’intéressant visuellement, mais d’autre part, il a été maintes fois utilisé de manière plus subtile pour ce même type d’ambiance. La première impression est désastreuse.

Mais dès l’apparition de la créature, le film devient beaucoup plus intéressant. Visuellement, ce petit monstre est magnifiquement réalisé. Le rendu est bluffant et très réaliste. Le design de la créature est à la fois repoussant et attachant. On suppose que le réalisateur fait partie de cette génération à avoir été envoûté par le film E.T de Steven Spielberg. Der Nachtmahr puise tout son intérêt dans l’aspect psychologique de Tina. Son lien avec la créature en révèle énormément sur son état d’esprit. Le spectateur, à l’image des personnages secondaires, doute de la santé mentale de Tina. On en vient même à soupçonner une sorte de schizophrénie étrange. Mais la créature n’est pas le simple résultat d’hallucinations. Tina parvient à la toucher et celle-ci est donc physiquement présente. Petit à petit, Tina accepte l’existence et surtout la présence de la créature. Elle décide même de l’entretenir en la nourrissant. C’est à ce moment précis que l’entourage de Tina parvient également à percevoir la créature, ce qui crée un vent de panique.

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On pourrait ainsi interpréter la présence de cette créature comme l’acceptation de soi et le passage à l’âge adulte (d’où l’aspect de ce fœtus aux traits de vieillard). Une évolution qui doit également être confrontée au regard d’autrui. La créature et Tina ne font qu’un et ne peuvent être dissociées l’un de l’autre.

Der Nachtmahr est un film captivant, à l’univers intrigant et envoûtant. Comme l’a souligné si justement le festival, le film nous rappelle le cinéma de Roman Polanski dans son aspect psychologique et celui de Cronenberg dans son rapport au corps.

Akiz est un artiste intéressant dont les courts métrages (Painting Reality, Evokation) ont même attiré l’attention de Banksy et David Lynch. On emmétra seulement quelques réserves quant à certains choix de mise en scène. Il faut également reconnaître que le film souffre de longueurs. On n’échappe malheureusement pas à l’ennui et l’histoire aurait mérité d’être davantage développée. Il s’agit d’un défaut récurrent dans ce type de film “d’auteur”. L’idée de base est souvent excellente, mais les réalisateurs s’en contentent et ne prennent pas la peine de développer une véritable histoire. Au final, un simple court métrage aurait suffi pour exposer cette idée et proposer une œuvre cinématographique convaincante.

Selon le réalisateur, Der Nachtmahr serait le premier film d’une trilogie. On espère qu’il parviendra à aller au bout de ses projets, surtout après ce premier film qui, apparemment, a eu beaucoup de mal à se monter au point de se contenter d’un budget dérisoire.

Krueger

Note : 6/10


Réalisateur : Akiz

Scénario : Akiz

Casting : Carolyn Genzkow, Sina Tkotsch, Wilson Gonzalez Ochsenknecht

Format : 88 mn.

Pays : Allemagne

Date de sortie : inconnue

PIFFF 2015 : Der Nachtmahr