(PIFFF) L’Étrange Couleur Des Larmes De Ton Corps (Note: 8/10)

Réalisateurs : Bruno Forzani et Hélène Cattet

Acteurs : Elsebeth Steentoft, Klaus Tange, Sam Louwy, Jean-Michel Vovk, Anna D’Annunzio, Birgit Yew…

Nationalité : Belge, français, luxembourgeois

Genre : Thriller

 

Synopsis : « Une femme aux mœurs dissolues disparaît. Son mari mène l’enquête et glisse dans un cauchemar sans limite. » (Synopsis Paris International Fantastic Film Festival)

 

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Critique :

Il y a des films qui ont assurément une identité personnelle dont l’existence se détache de ses créateurs.

Le Samedi 23 Novembre, sixième jour du PIFFF, présentation de l’Étrange Couleur des Larmes de ton Corps. Un film écrit et réalisé par Bruno Forzani et Hélène Cattet (Amer), réalisation à quatre mains dont deux féminines et deux masculines. Un film que l’on peut qualifier d’œuvre cinématographique tant il s’abandonne à la recherche artistique jusque dans les recoins de sa pellicule.  Je pourrais vous parler de ses références multiples, de ses qualités techniques et donc artistiques, de son scénario architectural, de ses actrices sensuelles, de son surréalisme psychédélique etc… Je pourrais vous en parler, vous faire une critique. Je pourrais, mais le simple fait de l’évoquer me désespère tant le poids des mots est inefficace en comparaison à ce qu’il nous a été donné de voir. C’est avec regret que je couche sur le papier.

l-etrange-couleur-des-larmes-de-ton-corpsCe film est une œuvre physique, une expérimentation de l’image et du son, une expérimentation sensuelle et un abandon dans l’angoisse de l’irrationnel. Une femme, un immeuble art nouveau, le spectateur s’engouffre dans les nœuds de sa chevelure d’ébène.

On se perd dans cet immeuble charnel. On entre dans les coulisses du vice par ce passage au caléidoscope qui nous chope la rétine. Si bien que le lieu est un personnage à part, je me suis perdu dans une architecture qui hypnotise sa victime.

Le montage ultra découpé nous agresse, il se compose et se décompose, il s’entrecoupe  avec les images de cette femme qui s’abandonne sous les coups de lames. L’excitation monte, puis vient la castration du désir. Voilà ce qu’est le masochisme.

Ce film m’échappe aussi bien qu’il me happe. Ces cuts me lacèrent l’émotion.  Je vis ce film aussi bien qu’il me reconditionne à ma nature de spectateur, car ce n’est pas du divertissement. C’est si subversif qu’il ferait pâlir le Chien Andalou. Peu importe l’histoire car il ne s’agit pas de s’attacher ou de s’identifier aux personnages: il s’agit d’être un personnage.

Le son cristallin vient nous percer le tympan de ses crissements féminins, les basses se ressentent jusque dans le grain de notre peau et viennent se mêler aux images de lames de rasoir menaçantes.

Les visages, les corps, les images sont fragmentées. On passe du rouge au bleu, au vert, la pellicule s’écaille, le corps s’entaille.  Ode à la beauté fatale de la féminité, Ode à l’abdication virile du désir masculin. Ode aux deux sexes égaux dévorés par la violence de leur passion.

thestrangecolorofyourbodystears11Dario Argento, Gaspard Noé, David Lynch, Satochi Kon ou encore des films comme Berberian Sound Studio, Only God Forgives, House… Autant de références qui ont nourri les cinéastes au point de devenir des artistes du cinéma.

Je ne veux pas en dire plus car il est inutile de partir dans les méandres interminables d’analyse tant c’est un film riche, sensoriel et réfléchi. C’est  surtout un film qui se doit d’être expérimenté. Il est même probable que vous y éprouviez une répulsion. Il est évident que L’Étrange Couleur Des Larmes De Ton Corps ne fera pas l’unanimité, il dérangera surement mais à juste raison.  Et c’est ce qui en fait sa force.

Véritable prise de position du PIFFF sur ce film quelque peu singulier qui marche sur les pas de l’expérimental. Voilà un film avec de véritables auteurs et de véritables ambitions artistiques dont la recherche est superbement aboutie. Pour couronner le tout c’est un film franco-belge-luxembourgeois… comme quoi le talent se trouve aussi dans les environs.

Plus que le voir, il faut vivre ce film.

Sadako

 

Note : 8/10

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