Terra Formars (note : 3/10) – Etrange Festival

Synopsis : Afin de rendre Mars habitable, des scientifiques y envoient des cafards génétiquement modifiés et des champignons. Cinq siècles plus tard, une expédition est envoyée pour éliminer les insectes et vérifier que la terraformation s’est bien déroulée. (Etrange Festival)

Cela fait déjà quelque temps que l’on souhaitait vous parler de Terra Formars, même si nous n’avons pas pour coutume de traiter des mangas et anime sur le site. Lorsque l’on apprit que Takashi Miike était aux commandes d’une version live, on était forcément enthousiastes quoique circonspects étant donné la masse d’effets spéciaux que requiert un tel projet. Les modestes moyens du cinéma japonais permettraient-ils d’aboutir à un film crédible ou au contraire, donneraient-il naissance à un énième blasphème à l’image de l’adaptation live de l’Attaque des Titans.

Nous n’avons jamais caché notre amour pour Takashi Miike et chaque année, nous attendons patiemment la nouvelle édition de l’Etrange Festival pour découvrir l’un de ces derniers crus. Nous avons ainsi eu l’occasion de savourer sur grand écran le remarquable Over your dead body ou le déjanté mais jouissif Yakuza Apocalypse. Electron libre du cinéma japonais, Miike a pourtant lui aussi céder aux sirènes marketing de l’adaptation de mangas, une mode beaucoup trop en vogue actuellement, dont le résultat est souvent désastreux aux yeux des fans de l’oeuvre d’origine. Takashi Miike avait su toutefois se montrer modeste en choisissant intelligemment ses oeuvres. On fait ici référence au diptyque Crows ou à The Mole Song : Undercover Agent Reiji. Avec l’adaptation du manga Jeux d’Enfants, Takashi Miike franchit une étape supplémentaire de difficulté pour livrer un film truffé d’effets spéciaux, mais dans l’ensemble convaincants. Toutefois, le projet Terra formars nous paraissait démesuré et trop large pour la carrure artiste du réalisateur japonais (sans compter l’économie du cinéma japonais). Ce que nous confirmons après cette première projection du film sur le sol français. On ira pas par quatre chemins, cette adaptation est une plantade complète.

Terra Formars est un manga qui peut se résumer en quelques éléments : de la baston, du gore et… de l’entomologie ! Dans le futur, l’humanité est confrontée à la surpopulation de la planète terre. Pour y remédier, les gouvernements ont l’idée de rendre Mars habitable en lançant un processus de terraformation et peuplant la planète de lichen et de cafards. Quelques siècles plus tard, alors que l’atmosphère de Mars devient respirable, l’humanité décide de reprendre son dû et d’éliminer les cafards y résidant. Elle envoie à cet effet une mission spatiale composée de marginaux ayant subi une opération visant à leur conférer de l’ADN d’insectes (et donc leurs capacités). Sauf qu’une fois arrivés sur place, les envoyés découvrent que les cafards ont muté en une forme anthropomorphique et sont dotés d’une force redoutable.

Takashii Miike a choisi d’adapter un arc très court du manga qui pose les bases dramatiques de l’histoire, celle de la deuxième mission, Bug 2, où les humains découvrent pour la première fois les capacités de ces cafards mutants (arc adapté en 2 OVA de 26 minutes chacunp. Un parti pris qui évite au réalisateur japonais de s’embourber dans le coeur actuel du manga (la 3ème mission), et inévitablement de tronquer l’histoire. De ce point de vue, le film est extrêmement fidèle à la version papier. On y retrouve les principaux éléments et même certains plans calqués du manga.

Terra-Formars-capture

Mais ce qui frappe en premier lieu et agresse la rétine, c’est la laideur du film, tant en matière d’effets spéciaux que de photographie. Et contrairement à ce que l’on aurait pu redouter, ce n’est pas le design et le rendu visuel des cafards qui pose problème. Cet aspect est d’ailleurs plutôt réussi puisque Miike a su les rendre plus réalistes en ajoutant de nombreux détails anatomiques et en jouant sur leur texture (la version manga est assez sommaire). En revanche, le maquillage des acteurs, lorsque ces derniers se transforment en insectes mutants, frisent le ridicule, tout comme l’incrustation grossière des personnages dans un décor de Mars bas de gamme. Miike a certes su restituer fidèlement l’atmosphère sombre et pesante de la planète rouge, mais le décor sent bien trop souvent le fond vert… Le rendu visuel est tel que l’on a parfois l’impression de se trouver face à un spectacle de fin d’année d’école primaire… On connaît le peu de scrupule avec lequel Miike traite des effets visuels dans la plupart de ses films, mais on atteint ici un point de saturation dans un film où la quasi-totalité des plans sont composés d’effets spéciaux.

Les scènes de combat ne permettent malheureusement pas de rattraper ce fiasco visuel et prouvent qu’un montage dynamique et bien pensé n’est pas suffisant pour donner lieu à une belle séquence d’action (comme dans Yakuza Apocalypse par exemple). Notons également que le film est beaucoup moins gore que la version papier et fait l’économie étonnante de sang, même lorsque des personnages sont décapités. La narration est tout aussi grossière et symptomatique d’un manque cruel d’inspiration. Le manga et l’anime présentent à l’aide d’une voix off/narrateur les différents personnages et insectes, rappelant leur principales caractéristiques et facultés. Ce procédé, quelque peu redondant dans le manga, devient rapidement fastidieux à l’écran (sans parler de l’effet de style des plans anatomiques à chaque transformation…). Il aurait été souhaitable que Takashi Miike trouve une alternative narrative plus digeste au lieu de se contenter d’un paresseux copier/coller. Le réalisateur n’a pas su insuffler une énergie nouvelle et s’est montré trop respectueux de l’oeuvre d’origine. La seule excentricité Miikienne reste le personnage du professeur Honda, grimé en fashion victim efféminée. Mais cette touche humoristique pataude s’insère mal dans une oeuvre aussi noire.

Les spectateurs qui connaissent le manga s’ennuieront ferme devant cette adaptation certes fidèle, mais ô combien fastidieuse et rebutante. Les autres risquent tout simplement de passer à côté d’un manga jouissif en se contentant de ce piètre spectacle. Il serait temps que les studios japonais mettent un terme au massacre des adaptations, comme si l’enjeu était désormais de dévaster des mangas cultes au cinéma (il paraît qu’un film live de One Piece est en cours, ça promet). On le répète, on aime Takashi Miike, mais cette oeuvre a heurté de plein fouet notre sensibilité de mangaphile. A moins d’avoir à disposition un budget pharaonique, Terra Formars est tout simplement inadaptable. Cette version de Miike est donc à éviter comme un cafard mutant!

Tetsuo

3/10


Réalisateur : Taskashi Miike

Scénario : Kazuki Nakashima, Yû Sasuga

Casting : Rinko Kikuchi, Rila Fukushima, Kane Kosugi

Genre : Mon dieu des cafards mutants!!

Format : 108 mn.

Pays : Japon

Date de sortie France : inconnue

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