Tokyo Vampire Hotel (Note : 5/10) – Etrange Festival


Synopsis :

Le jour de ses 22 ans, Manami va se retrouver au cœur de l’affrontement de deux clans de vampires, les Dracula et les Corvin, qui s’opposent depuis des siècles. Mais tout ceci ne lui arrive peut-être pas par hasard…

L’Etrange Festival ne serait définitivement pas le même sans un film de Sono Sion. Le festival est pour lui comme une deuxième maison. Un réalisateur extrêmement prolifique, qui à l’image de son compère Takeshi Miike (dont l’absence au festival cette année fait beaucoup de peine à notre chroniqueur Tetsuo), nous offre tous les ans des œuvres toujours aussi extravagantes. Sexe, violence et hémoglobine sont au programme de la quasi-totalité de ses films. Tokyo Vampire Hotel ne fera pas exception. Cela fait déjà quelques années que le réalisateur souhaitait faire un film de vampire. C’est chose faite avec Tokyo Vampire Hôtel qui, à la base, est une série télévisée qu’il a lui-même réalisé et décidé d’adapter en long métrage. Une série créée pour Amazon et diffusée depuis le 16 juin sur Amazon Prime Japan. Mais pas d’inquiétude, Sono Sion a décidé de tourner une fin alternative pour ne pas spoiler les éventuels spectateurs de la série.    

La jeune Manami va se retrouver au centre d’un conflit entre deux clans de vampire et comprendre qu’elle est la clef de leur survie. Un conflit qui explosera au sein d’un hôtel où la race humaine devra également se battre pour sa survie. Le film nous offre une introduction très (trop) longue pour nous exposer l’importance du personnage de Manami. Une course poursuite acharnée entre les deux clans qui cherchent à mettre la main sur la jeune femme. Cette introduction a tendance à perdre le spectateur qui a du mal à comprendre les enjeux et à différencier les personnages. Ce n’est qu’après une bonne demi-heure que le film commencera vraiment et que l’histoire s’installera dans son décor principal, l’hôtel des vampires. Sono Sion se permet d’ailleurs d’afficher le titre du film qu’après cette longue introduction. Par la suite, l’histoire devient légèrement plus compréhensible. Le film s’embourbe parfois dans des explications inutiles et grotesques, qui ont davantage tendance à nous perdre qu’à nous recentrer sur l’histoire. C’est le cas par exemple de l’explication sur l’alignement des planètes, accompagnées d’images numériques désastreuses, mais totalement assumées. La grande qualité du scénario de Sono Sion est de nous présenter un personnage principal et de nous en détourner régulièrement au point de l’oublier parfois. On s’attache ainsi aux membres des deux clans dont l’histoire s’efforce de nous présenter les enjeux émotionnels. Mais Sono Sion n’est pas le roi de la finesse et nous abreuve de flash-backs beaucoup trop redondants, répétant inlassablement et inutilement ces enjeux émotionnels, au point de nous en écœurer…
Résultat, un film qui semble interminable, parfois indigeste, malgré quelques moments de grâce.
Nous regretterons également une fin un peu bâclée et qui anéantit en un rien de temps tous les enjeux de l’histoire. Espérons que la fin de la série télévisée soit plus convaincante.

Nous retrouvons dans Tokyo Vampire Hôtel tous les thèmes chers au réalisateur. En particulier celui du rôle de la femme dans la société japonaise, déjà bien développé dans son film Antiporno. Le personnage de Manami est en constante recherche d’identité. Elle n’arrive pas à savoir si elle est humaine ou vampire, a du mal à accepter sa transformation et ne parvient pas à déterminer son appartenance à un clan ou à un autre. Mais le film aborde également le thème de la trahison et des relations amoureuses éphémères. Non seulement au sein des vampires, mais également chez les hommes ou lors d’une séquence, ceux-ci doivent choisir en 10 min un partenaire amoureux pour former un couple et s’adonner aux plaisirs sexuels. Des thèmes qui apportent la dimension émotionnelle indispensable au film.

Mais impossible de traiter d’un film de Sono Sion sans parler de la violence et de sa mise en scène. La dernière partie du film est un véritable massacre ! Un foutoir pas possible où tout le monde s’étripe avec la multitude d’armes à disposition. On pense ainsi à un autre de ses films, Why Don’t You Play in Hell ?, qui nous offrait une séquence finale tout aussi bordélique et sanglante (sûrement mon film préféré du réalisateur). On s’amusera aussi de voir une référence à Scarface. Et il faut avouer que c’est plutôt jouissif, car le réalisateur parvient à mélanger humour et combats sanguinolents comme personne.

On assiste à de véritables effusions de sang avec bien évidemment, des filles totalement dénudées pour satisfaire la gente masculine. L’exemple parfait est la séquence qui se situe dans le « nombril » de l’hôtel, auquel on accède en pénétrant entre les jambes d’une femme (sorte d’icône vivante de l’hôtel) et qui nous immerge dans un monde glauque, éclairé d’une lumière rouge, aux murs et aux corps ornés de sang, et où tout le monde fait l’amour (ne m’en demandez pas plus, c’est du Sono Sion !). Sorte de séquence référence au cinéma d’horreur.

Malheureusement, on a rarement vu quelqu’un d’aussi inégal dans la mise en scène que Sono Sion. Le réalisateur est parfois capable de maestria dans ses chorégraphies de combat, ses cadres et ses mouvements de caméra, et mais est tout aussi capable de nous offir parfois des scènes totalement ratées, très amateurs et assez navrantes… On préféra sans hésitation la maîtrise technique d’un Takeshi Miike.

L’une des grandes qualités du film repose sur sa bande-son. La succession des morceaux rock apporte énormément de dynamisme au film et les séquences portées par la musique de Vivaldi fonctionnent à merveille et font de Tokyo Vampire Hôtel un véritable ovni. Notons aussi la performance des acteurs, tous très bon. On retrouve Kaho (Notre Petite Sœur), Mitsushima Shinnosuke (Blade of the Immortal) et Adachi Yumi (A Courtesan with Flowered Skin), ainsi que des acteurs récurrents chez Sono Sion : Kagurazaka Megumi, son épouse qu’il a dirigée dans Guilty of Romance, ainsi que Tomite Ami à qui il a confié le rôle-titre d’Antiporno.

Tokyo Vampire Hôtel s’apparente à un véritable yoyo en termes de qualité scénaristique et de mise en scène. On en ressort avec une véritable frustration qui nous empêche d’apprécier ce film à sa juste valeur. Mais le plus difficile à accepter est la durée du film… on n’en voit pas le bout, le film se répète sans cesse, sans ajouter un quelconque intérêt à son histoire. On tourne en rond, on nous assène de flash-backs qui relancent indéfiniment le film. C’est bien dommage. À l’année prochaine Monsieur Sono Sion !

Krueger

Note : 5/10


Avec Yumi Adachi, Ami Fukuda, Megumi Kagurazaka, Kaho, Shinnosuke Mitsushima
Fiction l Japon l vosta l 2017
142 min l Couleur

Lien Etrange Festival 2017

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