Synopsis
Lorsqu’un mystérieux vaisseau spatial s’écrase sur la Terre, Wendy et un groupe hétéroclite de soldats tactiques font une découverte fatidique qui les met face à la plus grande menace de la planète.
Critique
Avec Alien: Earth, Noah Hawley s’attaque à un monument du cinéma horrifique. Première incursion télévisuelle officielle de la franchise, la série ambitionne d’étendre le mythe du xénomorphe sur notre planète. Une promesse séduisante sur le papier, mais dont l’exécution se révèle inégale.
Le premier épisode installe pourtant des bases encourageantes. Le crash du vaisseau sur Terre constitue une idée forte, et l’envoi d’hybrides humains en reconnaissance apporte une variation intéressante dans l’univers de la saga. Le personnage de Wendy fonctionne immédiatement : crédible, attachante au premier abord, elle incarne un point d’entrée efficace pour le spectateur.
Malheureusement, cet élan initial s’essouffle rapidement. La série délaisse progressivement sa dimension horrifique au profit d’intrigues politiques centrées sur les corporations. Le xénomorphe, censé être la menace centrale, devient presque secondaire. L’action se concentre majoritairement dans des environnements corporatistes où le danger ne se fait jamais véritablement ressentir. À mesure que la saison avance, une impression persistante s’installe : Alien: Earth semble parfois davantage vouloir être une série de science-fiction politique qu’un récit d’horreur.
Cette dilution de la menace se ressent particulièrement dans la mise en scène. Les apparitions de l’Alien ne génèrent quasiment aucune angoisse. Le costume, trop visiblement porté par un acteur, nuit à la crédibilité de la créature. Plus problématique encore, la relation progressivement apprivoisée entre Wendy et le xénomorphe désamorce une grande partie de l’aura inquiétante qui entoure habituellement la créature. Là où la saga reposait sur l’imprévisibilité et la terreur organique, la série opte pour une approche qui affaiblit sa propre tension.
L’écriture apparaît comme le principal point de fragilité. Si les hybrides constituent globalement une réussite (leur psyché enfantine dans des corps adultes crée un décalage intéressant) la majorité des personnages humains manque d’épaisseur et tombe parfois dans la caricature. Le dirigeant de la Prodigy Corporation, Boy Kavalier, illustre bien cette limite : présenté comme un esprit brillant, il ponctue régulièrement ses interventions de lectures de Peter Pan à destination des hybrides. L’intention symbolique est claire, mais le procédé manque de subtilité et appuie excessivement le propos.
En revanche, la série devient plus pertinente lorsqu’elle explore la frontière entre les différentes formes d’humanité artificielle. La dualité entre hybrides, cyborgs et synthétiques constitue l’un des axes les plus intéressants de la saison. À travers ces figures, Alien: Earth interroge la notion d’identité, de conscience et de libre arbitre, retrouvant par moments la dimension philosophique qui a toujours traversé la franchise.
La série n’est toutefois pas dénuée de qualités. Sur le plan visuel, Alien: Earth démontre un réel respect pour l’ADN de la saga. Le travail sur la lumière et les décors retrouve avec justesse l’esthétique industrielle et l’atmosphère familière de l’univers initié par Ridley Scott en 1979. Un épisode en particulier, construit comme un hommage direct au film original, se montre d’ailleurs appréciable. Il parvient à la fois à convoquer la mémoire de la franchise et à éclairer les enjeux de cette nouvelle histoire, même si la mise en scène y reste parfois vacillante.
Le final, en revanche, s’avère décevant. Les choix narratifs deviennent confus, certaines décisions de personnages peinent à convaincre, et la transformation du xénomorphe en quasi-pantin de Wendy achève de diluer la menace. La saison se termine dans une forme de désordre qui laisse un goût d’inachevé.
Reste une lueur d’espoir. Si la série parvient, dans une éventuelle suite, à libérer ses créatures hors du huis clos corporatiste pour explorer davantage la Terre et renouer avec une véritable tension horrifique, Alien: Earth pourrait encore trouver sa voie.
Bilan : une entrée en matière prometteuse, visuellement fidèle à la saga, mais affaiblie par une écriture qui relègue trop souvent l’horreur au second plan.
44
10
NOTE
Informations
Alien Earth
Titre original : Alien : earth
Créée par : Noah Hawley
Casting : Sydney Chandler, Alex Lawther, Essie Davis…
Pays d’origine : Etats-Unis
Genre : Horreur, science-fiction
Durée : 60 minutes
Date de sortie : 28 février 2014

