Passenger

Passenger film horreur Andre Ovredal
Critique cinéma
Bande-annonce
5/10
Réalisation André Øvredal
Scénario Zachary Donohue, T.W. Burgess
Avec Jacob Scipio, Lou Llobell, Melissa Leo
Genre Épouvante / Horreur
Durée 1h 34
Distribution Paramount Pictures France
Sortie 20 mai 2026 (France)
Pays États-Unis
IMDb IMDb
Allociné Allociné

André Øvredal, routard du genre depuis Troll Hunter et surtout The Autopsy of Jane Doe, revient avec Passenger, un film d'horreur qui mélange folklore urbain, hantise et angoisses du quotidien. La promesse est belle : un démon des routes qui s'invite dans la vie d'un jeune couple parti vivre en van, sur la base d'une légende qui rappelle celles racontées aux voyageurs depuis des générations. Le film tient cette promesse par intermittence, porté par une mise en scène souvent inspirée, mais sombre dans les travers du genre dès qu'il s'agit de conclure son récit.

Une ouverture qui frôle la maestria

Tout commence très fort. Deux amis, Daniel et Lucas, roulent de nuit sur une route déserte et s'arrêtent sur le bas-côté pour une pause. La complicité naturelle entre les deux personnages, portée par une interprétation crédible et jamais forcée, installe d'emblée une vraie tension amicale avant que le cauchemar ne commence. Øvredal multiplie dans cette séquence les plans panoramiques à 360 degrés, à l'intérieur comme à l'extérieur du véhicule, laissant au spectateur le temps d'observer, de guetter, de tenter de repérer ce qui se cache dans l'obscurité. Un plan en particulier, où la caméra reste fixe à l'intérieur de la voiture pendant que le personnage en fait le tour complet en refermant les portières une à une, capture parfaitement cette angoisse diffuse. Ce principe de panoramique à 360 degrés n'est pas sans rappeler celui déjà employé dans Undertone. Øvredal reprend cette même mécanique de mise en scène et l'applique avec autant d'efficacité. Dommage que la bande-annonce ait vendu la mèche sur certains effets de surprise de cette scène, même si l'essentiel de sa force reste intact malgré tout.

Un démon qui perd en mystère à mesure qu'il se révèle

Le problème, c'est que cette ouverture est aussi le sommet du film. Plus Passenger avance, plus il montre son démon, et moins celui-ci devient effrayant. Sa présence abstraite, suggérée par des détails périphériques inquiétants plutôt que montrée frontalement, fonctionnait justement parce qu'elle laissait travailler l'imagination. La scène du parking, où Maddie tente de rejoindre le camping-car qui semble reculer imperceptiblement à chaque fois qu'elle détourne le regard, prolonge intelligemment ce principe et reste l'une des séquences les plus réussies du film. Mais à mesure que le Passager se concrétise à l'écran, son design déçoit et ses apparitions perdent en puissance, ce qui plombe inévitablement tout le dernier acte, désormais tourné vers l'action pure plutôt que vers la peur.

Plus on voit le démon, moins il fait peur. Passenger aurait gagné à rester dans l'ombre qu'il maîtrise si bien au début.

Jump scares ratés, tension réussie

Autre séquence à retenir : celle du vidéoprojecteur, où le couple tente d'éclairer les bois hostiles à l'aide du faisceau lumineux, mêlant le visage du démon à celui, projeté, des acteurs de Roman Holiday. L'idée est maligne, l'exécution efficace, et elle confirme que le vrai talent d'Øvredal réside dans ces trouvailles ponctuelles de mise en scène. On regrette d'autant plus que le film s'appuie autant sur les jump scares, qui ne fonctionnent jamais vraiment ici. L'essentiel de la tension repose sur la durée des plans et l'attente, bien plus payante que n'importe quel sursaut téléphoné, un principe que le cinéma de genre asiatique a souvent mieux compris que les productions américaines contemporaines.

Sur le plan du gore, le film assume quelques effets réjouissants, notamment deux arrachages de cou particulièrement crus, l'un lors de l'accident d'ouverture, l'autre plus tard sous les assauts du Passager. Ce sont des instants de cinéma d'exploitation décomplexé qui font plaisir à voir dans un genre qui a trop souvent peur de s'assumer.

Un folklore religieux qui bascule dans le kitsch

Le folklore religieux qui structure le dénouement tombe complètement à plat. Le médaillon de Saint Christophe pour repousser le mal, pourquoi pas, cela reste dans les clous de la légende urbaine. Mais le film pousse le curseur bien trop loin en réglant son affaire au démon dans une église, à coups d'épée brandie par une statue du saint. C'est kitsch, grossier, et symptomatique d'un dernier acte qui abandonne la retenue du début au profit d'une action balisée et sans grande imagination.

Couple crédible, second rôle sacrifié

Le couple porté par Jacob Scipio et Lou Llobell reste le point fort du casting : les dialogues sonnent juste, l'alchimie est naturelle, sans les disputes artificielles qui plombent trop souvent ce type de récit. Leur histoire évolue peu sur le plan sentimental, mais l'épreuve traversée change au moins leur rapport à l'avenir, entre l'envie de sédentarité et le besoin de sécurité. Melissa Leo, en revanche, est cantonnée à un rôle purement fonctionnel, chargée d'annoncer le danger et d'esquisser une solution, sans jamais exister au-delà de cette fonction d'exposition. À 1h34, le film ne traîne pas et évite l'écueil du ventre mou, un format qui lui convient et rend la déception de la dernière partie d'autant plus regrettable.

Verdict
5/10

Passenger confirme qu'André Øvredal reste un artisan solide de la mise en scène horrifique, capable de séquences remarquables (l'ouverture, le parking, le vidéoprojecteur) et de quelques effets gore bien sentis. Mais le film ne parvient jamais à transformer l'essai : le démon perd en mystère à mesure qu'il se montre, le folklore religieux sombre dans le kitsch le plus grossier, et le dernier acte troque la tension pour une action convenue. Ni le retour en forme espéré, ni la catastrophe du Dernier Voyage du Demeter, Passenger se regarde sans déplaisir mais s'oublie presque aussitôt. Une proposition qui aurait très bien pu se contenter d'une sortie directe en VOD.

Affiche officielle Passenger (2026) — André Øvredal

Fiche du film

  • Titre originalPassenger
  • RéalisationAndré Øvredal
  • ScénarioZachary Donohue, T.W. Burgess
  • AvecJacob Scipio, Lou Llobell, Melissa Leo, Devielle Johnson
  • MusiqueChristopher Young
  • Production18Hz Productions, Coin Operated
  • DistributionParamount Pictures France
  • PaysÉtats-Unis
  • Durée1h 34
  • Sortie20 mai 2026 (France)
  • GenreÉpouvante / Horreur

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