Undertone

Undertone film horreur Nina Kiri maison ambiance sombre casque audio

Ce que tu entends ne vient peut-être pas du film

Critique cinéma
6/10
Bande-annonce
Réalisation Ian Tuason
Scénario Ian Tuason
Avec Nina Kiri
Genre Horreur surnaturelle
Durée 1h 25
Distribution A24
Sortie 13 mars 2026 (États-Unis)
Pays Canada
IMDb IMDb
Allociné Allociné

Il est des conditions de visionnage qui transforment un film. Undertone, le premier long métrage du réalisateur canadien Ian Tuason, distribué par A24 et sorti en mars 2026, en fait l'expérience de manière presque théorique. Regardé chez soi, de nuit, casque audio sur les oreilles, le film devient autre chose qu'un simple objet cinématographique : il devient une expérience sensorielle troublante, une invitation à douter de ce qu'on perçoit, à l'écran comme dans sa propre pièce. Car voilà ce qu'Undertone réussit avec une efficacité redoutable : contaminer le réel du spectateur. Et quand on finit par soulever son casque d'une oreille pour vérifier que rien d'étrange ne se passe autour de soi, le film a déjà gagné.

Un huis clos radiophonique

Evy (Nina Kiri, remarquable de justesse) est revenue vivre dans la maison de son enfance pour veiller sa mère mourante. Coincée entre ses obligations filiales et une relation amoureuse qui s'effrite, elle n'a pour unique échappatoire que le podcast paranormal qu'elle co-anime avec Justin. Dans cette émission baptisée The Undertone, elle occupe le rôle de la sceptique quand son collègue, lui, est le croyant. Lorsque Justin reçoit anonymement dix fichiers audio d'un jeune couple confronté à des phénomènes inexpliqués dans leur foyer, les deux animateurs décident de les diffuser en direct, un par un. Ce qui semblait être du contenu comme un autre va peu à peu résonner avec une précision inquiétante dans la maison même où Evy enregistre.

Le dispositif narratif est d'une sobriété radicale : hormis la mère, fantôme vivant cloué dans sa chambre à l'étage, aucun autre personnage n'apparaît à l'écran. Justin n'existe qu'en voix. Les protagonistes des fichiers audio ne sont que des présences sonores. Undertone est un film de huis clos où la seule frontière entre l'intérieur et l'extérieur passe par un casque audio.

La caméra comme prolongement de l'angoisse

Ce qui frappe dans la mise en scène de Tuason, c'est la façon dont il a pensé la caméra comme un organe sensoriel supplémentaire d'Evy. Chaque fois qu'elle détourne le regard de son ordinateur pour scruter l'espace autour d'elle, la caméra lui emboîte le pas : un panoramique lent, parfois inversé, qui balaie les coins sombres de la maison, s'attarde sur un escalier, un lavabo qui goutte, une porte entrouverte. Ce mouvement circulaire n'est pas décoratif, il est la matérialisation visuelle d'une vérification paranoïaque.

Quand on finit par soulever son casque d'une oreille pour vérifier que rien d'étrange ne se passe autour de soi, le film a déjà gagné.

Car les sons entendus dans les fichiers audio finissent par correspondre exactement à ce que la caméra trouve dans la maison. Est-ce le même lieu ? Est-ce la même histoire qui se répète ? Tuason laisse la question ouverte avec une patience bienvenue, et c'est dans cet espace d'incertitude que le film installe sa terreur la plus durable.

La photographie, sobre et froide, joue habilement des zones d'ombre. On cherche des silhouettes. On croit en voir. Le cinéaste a déclaré s'être inspiré de The Babadook dans sa volonté de ne rien montrer, d'un manteau suspendu à une patère comme seule manifestation du mal, et cette philosophie du vide visuel fonctionne, à condition d'accepter le tempo qu'elle impose.

Une montée en puissance qui rachète tout

Car il faut être honnête : la première demi-heure donne des sueurs froides pour de mauvaises raisons. Le concept s'installe avec une lenteur qui peut décourager, le rythme ternaire (écouter un audio, commenter, observer la maison) menace de tourner en rond. On se demande si l'ambition formelle ne va pas étouffer le film sous sa propre rigueur.

Puis quelque chose bascule. À mi-parcours, la mécanique s'emballe. La mère, que l'on croyait réduite à l'état de présence végétative, commence à manifester des signes troublants. Les lumières s'allument seules. Des dessins apparaissent sur les murs. La maison tremble. Ce que les fichiers audio annonçaient comme un destin s'accomplit dans la réalité d'Evy avec une logique implacable. La dernière partie du film est un crescendo d'une efficacité redoutable, haletante, qui balaye les réserves accumulées et laisse le spectateur dans un état de tension encore palpable une fois le générique passé. On se retrouve à scruter sa propre pièce, à hésiter avant d'éteindre la lumière.

Les limites d'un premier film habité

Undertone n'est pas sans failles. La relation mère-fille, pourtant au coeur du sous-texte, cette culpabilité d'avoir hâte que ça se termine pour enfin être libre, reste à la surface. On comprend intellectuellement l'enfermement d'Evy, sa prison affective, mais on ne ressent jamais vraiment la chair de ce lien, son histoire commune avec cette femme qui agonise à l'étage. C'est d'autant plus dommage que Tuason a écrit ce film en solitaire depuis un endroit très personnel : pendant la pandémie, il a lui-même vécu cette expérience, retourné dans la maison familiale pour s'occuper de ses deux parents atteints d'un cancer en phase terminale. Le film a d'abord existé comme pièce radiophonique avant de devenir scénario. Cette dimension autobiographique est là, elle irrigue le dispositif, mais elle ne parvient pas toujours à traverser l'écran avec toute la force qu'elle mérite.

Sur le plan du scénario, le film ne surprend pas non plus : possession démoniaque, formule maudite, miroir narratif entre passé et présent. Les codes sont respectés sans être bousculés. Tuason est manifestement un metteur en scène né. Il maîtrise l'espace, le son, la durée. On attend avec curiosité de voir ce qu'il fera avec un matériau peut-être moins intime, et d'autres regards pour challenger sa vision.

Verdict
6/10

Un premier film remarquable qui tient sa promesse de terreur auditive, porté par une mise en scène rigoureuse et une montée en tension finale implacable. La narration reste trop classique pour prétendre au statut d'oeuvre marquante, mais Ian Tuason s'impose comme une voix à suivre de près dans le cinéma de genre.

Affiche officielle Undertone (2026)

Fiche du film

  • Titre originalUndertone
  • RéalisationIan Tuason
  • ScénarioIan Tuason
  • AvecNina Kiri
  • ProductionA24
  • PaysCanada
  • Durée1h 25
  • Sortie13 mars 2026 (États-Unis)
  • GenreHorreur surnaturelle

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