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The Green Inferno

16 octobre 2015

Critique “The Green Inferno” :

Le Paris Fantastic Film Festival (le PIFFF pour les intimes) a eu la très bonne idée d’organiser une soirée Eli Roth au Grand Rex à Paris le samedi 3 octobre, avec la projection en avant-première du fameux The Green Inferno, suivi de Cabine Fever, désormais un classique. La salle était comble pour assister à l’événement, chacun muni d’un sac à vomi et d’un sachet de bonbons, la marque de fabrique du PIFFF.

La projection de The Green Inferno est précédée d’un message vidéo d’Eli Roth qui nous salue depuis son salon, exprimant son regret de ne pas être avec nous ce soir. Une attention appréciable de la part du réalisateur, qui ne ne dévoilera toutefois aucune anecdote sur le film. Qu’importe ! Eli Roth a pris le temps d’enregistrer ce message, et c’est déjà une belle attention que l’on aimerait voir plus souvent.

Autre bonne idée, la diffusion des anciens teasers d’Hostel 1 et 2, qui nous nous replongent dans l’effervescence du torture porn des années 2000. Le teaser du deuxième volet était particulièrement drôle avec cette fameuse voix-off à l’accent de l’Est : “chaque année, 10 000 américains sont tués par des armes à feu. Environ 2 000 sont poignardés à mort. Pfeuh ! Les Américains, aucune imagination”.

Mais place au festin du jour, le savoureux et irrévérencieux The Green Inferno, hommage aux films cannibales des années 70 et 80. Un film que nos confrères américains ont eu la chance de découvrir dès 2013 dans différents festivals, mais dont les vicissitudes économiques ont retardé la sortie. Malgré la renommée d’Eli Roth, les fans français devront se contenter d’une sortie e-cinéma (le 16 octobre 2015). Les films gores ne sont guère en odeur de sainteté actuellement auprès des distributeurs et exploitants, notamment depuis que l’association Promouvoir s’est lancée dans une croisade contre les films contenant des scènes de violence et de sexe explicites (Saw VII et Love de Gaspard Noé ont en récemment fait les frais…). On en profite pour faire un gros bisou à nos amis de Promouvoir que nous croisons de temps à autres dans des orgies nocturnes.

Se frotter aux grands maîtres du genre n’était pas chose aisée pour Eli Roth, d’autant plus qu’un tel hommage semblait anachronique. En ressuscitant le genre tant décrié des films de cannibales, Eli Roth prenait en effet le risque d’être taxé d’ethnocentrisme et de racisme. Réduire les cultures indigènes (les anthropologues utilisent désormais le terme moins péjoratif de “peuples premiers”) à des coutumes jugées barbares (le cannibalisme étant un des plus gros tabous de notre civilisation occidentale), était périlleux, d’autant plus qu’Eli Roth n’a pas la réputation d’y aller avec le dos de la cuillère. Première bonne nouvelle donc, le réalisateur d’Hostel semble être conscient des difficultés d’un tel projet et prend de la distance avec son sujet en saupoudrant le film d’une bonne dose d’humour. A aucun moment, le réalisateur ne prétend recréer l’horreur et le sérieux d’un film comme Cannibal Holocaust, mais tend plutôt a en offrir un pastiche, tout en conservant les ingrédients qui en ont fait le succès (la brutalité des scènes). Même si Eli Roth a beaucoup souligné l’authenticité du film dans différentes interviews, en tournant notamment dans le même décor naturel que le film de Ruggero Deodato et en prenant pour acteurs des autochtones n’ayant jamais côtoyé une caméra de leur vie, le film n’a aucune prétention réaliste et se présente comme une parodie assumée, que ce soit dans la description des moeurs brutales des autochtones ou la naïveté des militants partis en Amazonie.

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Car derrière cette aventure en pleine jungle péruvienne, se dissimule une critique acerbe des mouvements écologiques actuels, accusés de rechercher le buzz à tout prix, sans se soucier réellement des causes qu’ils prétendent défendre. Eli Roth démonte la mécanique d’endoctrinement des militants et joue sur le décalage entre leurs représentations idéalisées, dignes du mythe du bon sauvage, et la réalité brutale à laquelle ils vont être confrontés. Un film qui déplaira très certainement à des ONG telles que Greenpeace qui ont fait leur renommée ces dernières années sur des opérations du même genre. Comme bien souvent dans les films d’Eli Roth, la critique manque de finesse et aurait mérité un traitement plus nuancé. Le réalisateur a tendance à asséner son message au burin, ce qui laisse souvent une déception amère. On pourra toutefois se concentrer sur l’aspect gore du film et se délecter de quelques séquences jubilatoires. La première scène de cannibalisme sera d’ailleurs la plus fameuse, lorsque Jonah, le plus imposant du groupe, sera dépecé en quelques secondes par un guerrier rompu au découpage des corps. L’horreur de la scène sera soutenu par la mise en scène du rituel culinaire qui montrera minutieusement les différentes étapes de préparation, jusqu’à la cuisson dans un four en terre cuite! (Une nouvelle recette que l’on pourrait ajouter dans la prochaine édition de Top Chef). Ruggero Deodato a raison de souligner dans son interview à Mad Movies que le film lorgne du côté du cartoon. Eli Roth assume pleinement cette dimension cartoonesque et n’hésite pas à la revendiquer lorsque le chef du groupe, le charismatique Alejandro, critiquera le plan de fuite de ses compagnons, le qualifiant de plan “Scooby-Doo”. Il fallait en effet une bonne dose d’humour pour concevoir un plan consistant à dissimuler dans l’estomac d’une des victimes un sachet de cannabis pour que, lors de la cuisson, les vapeurs provoquent des effets psychotropes.

Techniquement, le film est légèrement en deça de ce qu’Eli Roth nous a habitué, ce qui est très certainement le résultat de conditions de tournage particulièrement éprouvantes. On pourrait ainsi reprocher une image trop nette et des couleurs criardes (le rouge des cannibales et le vert des militants) qui agressent la rétine. Eli Roth sait toutefois manier une caméra et nous le prouve en nous offrant quelques belles séquences, comme la scène percutante du crash de l’avion, très bien réalisée. Les acteurs sont en revanche décevants et semblent avoir du mal à incarner des personnages beaucoup trop creux (on pense notamment au jeu insipide de Nicolás Martínez, que l’on a pu découvrir dans Aftershock). Le développement des personnages est très certainement l’une des principales faiblesses du film. The Green Inferno sombre rapidement dans la caricature sans se risquer à offrir un semblant de psychologie . Que ce soit du côté des autochtones ou des militants, les personnages sont univoques et sans aucune profondeur. On pourrait également déplorer la succession de gags scatologiques et graveleux, pas toujours inspirés, comme lorsqu’Alejandro, le chef des militants et Che Guevara du pauvre, décide de se masturber dans la cage pour se relaxer…

Si Eli Roth semble avoir pris de nombreuses précautions pour se prémunir contre les éventuels détracteurs, il n’échappe toutefois pas aux critiques. Pourquoi avoir par exemple décider de coupler dans une même tribu deux coutumes jugées barbares et inhumaines, à savoir le cannibalisme et l’excision, si ce n’est pour pousser la caricature et la diabolisation à l’extrême? Certes, les protagonistes écologistes sont ridiculisés, mais les autochtones sont dépeints principalement comme des êtres sauvages et sanguinaires qui ne songent qu’à défendre leur territoire et se nourrir de chair humaine. Une représentation qui renvoie aux fantasmes occidentaux les plus éculés. On préférera ainsi l’approche de Cannibal Holocaust, où le sort funeste des protagonistes était principalement le résultat de leurs actions et provocations.

Il est toutefois difficile de ne pas se laisser enivrer, ne serait-ce qu’un instant, par le parfum de nostalgie qui émane de The Green Inferno, un film anachronique destiné avant tout aux fans. Le pari est donc partiellement tenu, même si le film ne parvient jamais à dépasser les références sur lesquelles il s’appuie. The Green Inferno n’est certes pas le choc horrifique annoncé, mais reste un divertissement décent qui saura vous arracher quelques sourires.

Critique "The Green Inferno" : Le Paris Fantastic Film Festival (le PIFFF pour les intimes) a eu la très bonne idée d’organiser une soirée Eli Roth au Grand Rex à Paris le samedi 3 octobre, avec la projection en avant-première du fameux The Green Inferno, suivi de Cabine Fever, désormais un classique. La salle était comble pour assister à l’événement, chacun muni d’un sac à vomi et d’un sachet de bonbons, la marque de fabrique du PIFFF. La projection de The Green Inferno est précédée d’un message vidéo d’Eli Roth qui nous salue depuis son salon, exprimant son regret de ne pas être avec nous ce soir. Une attention appréciable de la part du réalisateur, qui ne ne dévoilera toutefois aucune anecdote sur le film. Qu’importe ! Eli Roth a pris le temps d’enregistrer ce message, et c’est déjà une belle attention que l’on aimerait voir plus souvent. Autre bonne idée, la diffusion des anciens teasers d’Hostel 1 et 2, qui nous nous replongent dans l’effervescence du torture porn des années 2000. Le teaser du deuxième volet était particulièrement drôle avec cette fameuse voix-off à l’accent de l’Est : “chaque année, 10 000 américains sont tués par des armes à feu. Environ 2 000 sont poignardés à mort. Pfeuh ! Les Américains, aucune imagination”. Mais place au festin du jour, le savoureux et irrévérencieux The Green Inferno, hommage aux films cannibales des années 70 et 80. Un film que nos confrères américains ont eu la chance de découvrir dès 2013 dans différents festivals, mais dont les vicissitudes économiques ont retardé la sortie. Malgré la renommée d’Eli Roth, les fans français devront se contenter d’une sortie e-cinéma (le 16 octobre 2015). Les films gores ne sont guère en odeur de sainteté actuellement auprès des distributeurs et exploitants, notamment depuis que l’association Promouvoir s’est lancée dans une croisade contre les films contenant des scènes de violence et de sexe explicites (Saw VII et Love de Gaspard Noé ont en récemment fait les frais…). On en profite pour faire un gros bisou à nos amis de Promouvoir que nous croisons de temps à autres dans des orgies nocturnes. Se frotter aux grands maîtres du genre n’était pas chose aisée pour Eli Roth, d’autant plus qu’un tel hommage semblait anachronique. En ressuscitant le genre tant décrié des films de cannibales, Eli Roth prenait en effet le risque d’être taxé d’ethnocentrisme et de racisme. Réduire les cultures indigènes (les anthropologues utilisent désormais le terme moins péjoratif de “peuples premiers”) à des coutumes jugées barbares (le cannibalisme étant un des plus gros tabous de notre civilisation occidentale), était périlleux, d’autant plus qu’Eli Roth n’a pas la réputation d’y aller avec le dos de la cuillère. Première bonne nouvelle donc, le réalisateur d’Hostel semble être conscient des difficultés d’un tel projet et prend de la distance avec son sujet en saupoudrant le film d’une bonne dose d’humour. A aucun moment, le réalisateur ne prétend recréer l’horreur et le sérieux d’un film comme Cannibal Holocaust, mais tend plutôt…

6

10

NOTE

6

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6


Réalisateur : Eli Roth

Scénariste : Eli Roth, Guillermo Amoedo

Casting : Lorenza Izzo, Ariel Levy, Aaron Burns

Pays d’origine : Etats-Unis

Format : 100 mn.

Date de sortie : 16 octobre 2015 (e-cinéma)

The Green Inferno

 

Tetsuo

Un samedi pluvieux, une VHS poussiéreuse de Massacre à la Tronçonneuse et paff ! Première grosse claque horrifique qui m’a conduit à explorer les contrées peu recommandables du cinéma de genre. Parmi mes références indépassables, Alien et The Thing. Oui, j’aime les films de monstres qui mettent en scène des créatures avides de tripes humaines. Mais je déteste les films de possession qui pullulent à l’écran ! Que ce soit clair. Attention derrière toi ! Un fantôme…

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