31 (note : 5/10) – FEFFS 2016/PIFFF 2016

Synopsis : Le 30 octobre 1975, cinq personnes choisies au hasard sont enlevées et retenues en otage dans un endroit appelé Le monde du crime. Durant la nuit d’Halloween, ils devront se battre pour survivre à un jeu violent et sadique…

On peut dire que Rob Zombie s’est fait désirer ces dernières années.Quatre ans se sont en effet écoulés depuis la sortie de son dernier long métrage, Lords of Salem. Une oeuvre atypique et suggestive, qui sortait des habitudes horrifiques du réalisateur, plus coutumier d’ambiance crasseuse et de rednecks en tout genre. Le réalisateur a su toutefois combler l’attente de ses fans en égrenant durant de longs mois des photos du tournage et plusieurs extraits vidéo de son dernier cru. Avec 31, Rob Zombie renoue avec ses amours d’antan et rend hommage aux films de genre des années 70. 31 était donc fort attendu, mais est-il à la hauteur des espérances des fans, encore nostalgiques de ses deux premiers longs métrages, House of The 1000 corpses et The Devil’s rejects?

L’intrigue de 31 tient sur une demi-feuille de papier toilettes. Une troupe itinérante parcourt les routes désertes des Etats-Unis avant de se faire kidnapper et de participer à un jeu macabre le soir d’Halloween. La règle est simple : survivre pendant 12 heures dans un complexe industriel désaffecté. La tâche est bien entendu rendue périlleuse, si ce n’est impossible, par l’introduction de psychopathes sanguinaires, tels un nain nazi latino, ou deux clowns armés de tronçonneuses (ça sent déjà le gros gag…).

Inutile de s’appesantir sur l’intrigue, tant le schéma déroulé ressemble à celui d’un jeu vidéo. Les personnages affrontent un à un les différents ennemis avant de se frotter au boss final, le fameux Doom-Head, que l’on aperçoit lors de la première séquence du film (très certainement la seule séquence méritante du film). 31 est donc un concentré d’action gore qui aurait pu produire son effet si Rob Zombie n’avait pas opté pour une réalisation épileptique, abusant d’effets Shaky Cam qui rendent l’action illisible. Certes, le réalisateur de The Devil’s Reject ne dispose pas ici des mêmes moyens que lors des tournages des deux remakes d’Halloween (un modeste 1,5 million de dollars de budget), mais on aurait pu espérer une gestion plus économe et efficace de l’action. Ce procédé stylistique a certes pour avantage d’éviter des chorégraphies complexes lors des confrontations, mais ôte ipso facto tout impact aux scènes d’action. Dans la panoplie des effets stylistiques tape-à-l’oeil et cache-misère, Rob Zombie aurait gagné à s’inspirer de Marcus Dunstan et de ses scènes aux multiples cuts. Un procédé usé jusqu’à la corde, mais qui a au moins le mérite de dynamiser l’action (on pense notamment à son dernier film, The Neighbor). Rob Zombie morcelle son montage, par une profusion de plans, même lors des scènes dialoguées, ne parvenant pas à capture dans des plans d’ensemble ses différents personnages. Une réalisation qui désunit à un moment où l’intimité et la solidarité du groupe est la plus forte.

31 Rob Zombie Capture

31 pâtit également d’un manque criant d’écriture. Les personnages sont insipides et les dialogues redondants (enchaînements de punchlines graveleuses). La scène d’exposition nous présente une galerie de personnages sans intérêt et peu différenciés, ce qui explique le désintérêt profond que ressent le spectateur sur leur sort dans la seconde partie du film (ah il est mort? Ok…). Les punchlines graveleuses s’enchaînent jusqu’à l’écoeurement et s’épuisent au bout d’une vingtaine de minutes. L’humour n’est pas assez franc ni appuyé pour compenser le look ridicule des bourreaux (le nain nazi, le tueur en tutu). Le jeu des acteurs achève de plonger le film dans la médiocrité, et Sheryl Moon Zombie prouve qu’elle est plus à l’aise dans les rôles de rednecks que dans celui de l’héroïne ingénue. Seul l’acteur incarnant Doom-Head tire son épingle du jeu, mais cette comparaison flatteuse tient davantage à la piètre prestation du casting qu’aux qualités intrinsèques de son jeu de comédien. Quant à Malcom Mc Dowel, sur lequel le film a beaucoup communiqué, il n’a qu’un rôle secondaire, et ne fera que de courtes apparitions à l’écran, grimé en personnages de cour décadent. Insuffisant pour redonner du punch et du souffle au film.

31 porte les stigmates de son faible budget et de conditions de tournage délicates. Le film souffre d’un manque d’harmonie, juxtaposant différentes scènes sans jamais parvenir à former une oeuvre cohérente (la transition entre les différents décors est quasi similaire à celle d’un jeu de plateforme, où les mondes se succèdent souvent sans logique). Le film met surtout à jour les limites de l’univers horrifique de Rob Zombie, étriqué et incapable de se renouveler. Le réalisateur semble tourner en rond autour de son oeuvre et de ses références. 31 est l’incarnation d’un cinéma nostalgique pantouflard, à l’instar de ce grain factice ajouté à l’image en hommage aux films des années 70. La copie est bien fade sans les tripes, la folie et l’irrévérence des deux premiers films du réalisateur.

Tetsuo

5/10


Réalisateur : Rob Zombie

Scénario : Rob Zombie

Casting :  Malcolm McDowell, Richard Brake, Jeff Daniel Phillips

Pays : Etats-Unis

Date de sortie : 16 septembre 2016 (Etats-Unis)

31 Rob Zombie Affiche