Ça : Bienvenue à Derry

Affiche officielle de la série Ça : Bienvenue à Derry (2025) — Andrés Muschietti
Critique — Ça : Bienvenue à Derry
Critique série
Bande-annonce
6/10
Création A. Muschietti, B. Muschietti, J. Fuchs
Réalisation Andrés Muschietti (ép. 1-2, 7-8)
Avec Bill Skarsgård, Taylour Paige, Jovan Adepo, Chris Chalk
Genre Horreur fantastique
Épisodes 8 (Saison 1)
Diffusion HBO / Max — oct. 2025
Pays États-Unis
IMDb IMDb
Allociné Allociné

Il fallait une certaine audace pour transformer l'une des franchises horrifiques les plus rentables de ces dix dernières années en série télévisée. Andrés Muschietti reprend les commandes des deux premiers épisodes de cette préquelle HBO et impose d'emblée une chose très claire : personne n'est en sécurité ici. Absolument personne. La suite, malheureusement, ne tient pas tout à fait cette promesse.

Une ouverture qui pose les règles du jeu

Ça : Bienvenue à Derry se situe en 1962, bien avant les événements des films. La série est une préquelle construite sur les interludes du roman de Stephen King, là où Derry dort de son sommeil de petite ville américaine pendant que Grippe-Sou se réveille. Le contexte aurait pu déboucher sur un exercice de fan-service balisé. Muschietti choisit exactement l'inverse.

Ce qui frappe en premier, c'est le ton. Cru, frontal, franchement gore. Les deux premiers épisodes, réalisés par Muschietti lui-même, assument pleinement leur nature de série horrifique grand format, sans la retenue que le format télévisuel impose parfois. L'horreur est physique, viscérale, et les effets sont là pour marquer les esprits, pas pour les accompagner timidement.

Mais le vrai coup de force est scénaristique. Le premier épisode introduit un groupe de personnages avec suffisamment de soin pour que le spectateur commence naturellement à les investir. Des visages, des dynamiques, une promesse de récit. Et puis la série les tue. Simplement. Sans fanfare, sans mort sacrificielle à valeur symbolique bien soulignée. Elle les tue parce que Grippe-Sou les tue, et Grippe-Sou ne négocie pas avec la structure narrative d'une série télévisée.

La série introduit des personnages, les installe, les rend attachants. Puis elle les tue. Ce faisant, elle dit quelque chose d'essentiel sur ce qu'est Grippe-Sou : une force de prédation indifférente, qui ne négocie pas avec la narration.

Ce choix est beaucoup plus intelligent qu'il n'y paraît. Il installe une tension permanente sur l'ensemble de la saison, aucun personnage n'étant désormais protégé par son statut de protagoniste. Il dit surtout quelque chose de fondamental sur le monstre lui-même : Grippe-Sou n'est pas un serial killer de cinéma qui dévore des seconds rôles en épargnant les héros jusqu'au troisième acte. Enfants ou adultes, il mange ce qui se présente.

Le déséquilibre adultes/enfants

Le problème, c'est ce qui vient ensuite. Dès que la série délaisse ses personnages enfants pour s'attarder sur ses protagonistes adultes, quelque chose se dérobe. Les jeunes acteurs portent leurs scènes avec une présence naturelle et une sincérité qui rendent leur confrontation avec la créature immédiatement efficace. Les adultes, eux, peinent à exister avec la même densité.

Ce n'est pas tant une question de jeu que d'écriture : les personnages adultes sont construits sur des archétypes trop lisibles, leurs motivations trop fonctionnelles, leurs interactions trop calibrées pour faire avancer un scénario. On les suit, mais on ne s'y accroche pas. Le contraste avec les jeunes protagonistes finit par creuser un déséquilibre visible d'un épisode à l'autre, et la série ne parvient jamais à le combler.

Une intrigue mystique qui s'emballe

L'intrigue elle-même prend une direction qui fragilise ce que la série avait si bien posé au départ. La dimension mystique, qui affleurait de façon assez habile dans les premiers épisodes, finit par s'étaler avec une certaine grossièreté. Les révélations s'accumulent, les mécanismes surnaturels se précisent, et cette précision est exactement ce qui tue le mystère.

Ça fonctionne mieux quand on ne sait pas trop ce qu'il est. Quand la série entreprend de l'expliquer, de cartographier ses règles et ses origines, elle retire à la créature sa part la plus inquiétante : son opacité. Le surnaturel bien balisé est rarement aussi efficace que le surnaturel qui refuse de se laisser comprendre.

Grippe-Sou, victime de ses propres apparitions

Ce phénomène atteint son comble avec l'apparition physique de Grippe-Sou sous sa forme de clown. Bill Skarsgård reste une présence troublante, et son incarnation du personnage n'a rien perdu de son efficacité. Mais la série a passé ses premiers épisodes à terrifier le spectateur avec des manifestations monstrueuses, organiques, difformes, qui laissaient l'imagination faire une partie du travail.

Quand le clown arrive en chair et en os, il est presque moins effrayant que ces apparitions-là. Non pas parce que Skarsgård déçoit, mais parce que la série a trop bien fait son travail en amont. Elle a montré quelque chose d'innommable, puis elle a mis un costume dessus. C'est un problème de séquençage autant que de registre : l'horreur diffuse des débuts était plus perturbante que l'horreur incarnée de la fin.

Verdict
6/10

Ça : Bienvenue à Derry reste une série solide, nettement au-dessus de la moyenne des productions horrifiques de ces dernières années. Muschietti impose une signature visuelle cohérente, l'ambiance de Derry est reconstituée avec soin, et les deux premiers épisodes constituent une entrée en matière franchement réussie. Mais la série ne tient pas tout à fait la promesse de son ouverture. Les personnages adultes sous-écrits, une intrigue mystique qui s'emballe maladroitement et un Grippe-Sou paradoxalement moins inquiétant en clown qu'en monstre diffus finissent par éroder ce que les premiers épisodes avaient si bien construit. Elle commence comme quelque chose de dangereux et finit comme quelque chose de correct.

Affiche officielle Ça : Bienvenue à Derry (2025) — Andrés Muschietti

Fiche de la série

  • Titre originalIT: Welcome to Derry
  • CréationAndrés Muschietti, Barbara Muschietti, Jason Fuchs
  • RéalisationAndrés Muschietti (ép. 1-2, 7-8), Andrew Bernstein et al.
  • AvecBill Skarsgård, Taylour Paige, Jovan Adepo, Chris Chalk, James Remar, Stephen Rider
  • MusiqueBenjamin Wallfisch
  • ProductionWarner Bros. Television, HBO
  • DiffusionHBO / Max
  • PaysÉtats-Unis
  • Épisodes8 (Saison 1)
  • Première diff.26 octobre 2025
  • GenreHorreur fantastique
  • D'aprèsÇa de Stephen King (1986)

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