Au coeur de l'horreur

Exposition vampires : Dracula et ses femmes/La maison de Dracula

exposition vampires

Jusqu’au 19 janvier 2020, les fans de vampires vont pouvoir redécouvrir les plus grandes œuvres du cinéma sur la célèbre créature. En effet, la Cinémathèque française, située dans le 12ème arrondissement de Paris, propose une exposition sur les vampires : «Vampires, de Dracula à Buffy».

« Surgie des tréfonds du Moyen-Âge, la légende du vampire prend corps à la fin du XIXe siècle avec Dracula, l’illustre roman de Bram Stoker. Le cinéma émerge au même moment, qui ne tarde pas à s’emparer du mythe naissant pour le nourrir et le décliner avec frénésie et irrévérence. L’exposition Vampires raconte ces deux histoires parallèles, la fascination des cinéastes du monde entier pour cette icône ténébreuse et sexy. Elle montre son pouvoir d’attraction qui a depuis longtemps débordé le strict cadre du cinéma, contaminant la peinture, la photographie, la littérature ou plus récemment la série télé. Elle célèbre le gotha cinéma, Coppola, Christopher Lee, Lugosi, Deneuve, Herzog, Bigelow, Browning, Adjani, Bowie, Pattinson ou Tim Burton, qui depuis un siècle s’est frotté à Dracula. Peuplée d’artistes hantés par son ombre noire (Warhol, Goya, Saint Phalle), riche de centaines d’extraits, elle révèle l’empreinte indélébile posée par le vampire sur cent ans de culture populaire, de Murnau à Twilight, de Dreyer à True Blood. »

Une exposition qui se concentre aussi bien sur le cinéma que sur les séries ou la peinture. L’occasion pour nous de (re)découvrir quelques films et de vous faire part de nos ressentis.
Aujourd’hui, on s’attarde sur les films Dracula et ses femmes vampires et La maison de Dracula.

Dracula et ses femmes vampires

Synopsis

À la fin du XIXème siècle, Jonathan Harker, un jeune clerc de notaire anglais, se rend dans les Carpates afin de rencontrer le comte Dracula qui souhaite acquérir une demeure à Londres. Le comte est obsédé par l’idée d’y retrouver une réincarnation de son épouse défunte.

Notre avis

Téléfilm de grande qualité qui propose une relecture dandy et érotique du mythe qu’il investit, Dracula et ses Femmes (1974) offre à Jack Palance un rôle taillé sur mesure qui trouve dans la réalisation de Dan Curtis la puissance esthétique dont il avait besoin.

 

Avec Dan Curtis, le lord vampire recouvre son potentiel érotique de séducteur né dans un siècle où le romantisme noir des premières décennies a rencontré la naissance de la psychanalyse. Dracula version 1973 a l’audace de faire de son personnage éponyme un homme d’âge mur incapable d’oublier son premier et seul amour, au point de rester bouche bée lorsqu’il découvre, sur une photographie, la réincarnation contemporaine de son aimée. Le réalisateur met donc en scène un Dracula amoureux dont la sauvagerie apparaît peu à peu comme l’expression d’un amour fou que la seule possession de la fiancée peut contenter.

Pour l’incarner, Jack Palance a cette grâce et ce mystère qui font de lui un corps tiraillé entre Eros et Thanatos : sa carrure massive que recouvrent cape et costume noirs accueille la légende tout en en proposant une déclinaison fort bienvenue, à mi-chemin entre un dandy et le Barnabas Collins de Dark Shadows. C’est un vampire élégant et raffiné qui n’a pas besoin de pratiquer les arts pour apparaître comme un artiste ; peu à peu, le film donne l’impression de d’être contaminé par celui-ci, allant jusqu’à construire un intérieur richement meublé aux murs rouge-sang, d’une couleur similaire à celle du velours des cercueils. Pas d’effusion d’hémoglobines ici, seulement la noblesse d’une pratique séculaire – le vampirisme est ici dépeint sous les traits d’un art érotique non loin de l’acte sexuel, puisqu’il conduit les aimés à une dépossession intérieure allant jusqu’à la jouissance finale – que la partition musicale composée par Bob Cobert vient poétiser, que de magnifiques fondus enchaînés viennent dynamiser à la manière d’une éclipse, mettant en présence deux images autonomes et qui trouvent pourtant par ce procédé de montage l’opportunité de se réunir, à l’instar du désir et de la mort. Curtis s’efforce également de déformer l’image par le recours à des angles de caméra insolites et déstabilisants.

On pourra reprocher à Dracula et ses Femmes de délayer une collection de personnages secondaires qui ont pour unique fonction de faire obstacle au ravissement de la jeune fiancée, pourvus d’une écriture assez faible et de dialogues démonstratifs. D’où cette impression de longueur qui envahit parfois l’écran, entre deux apparitions du Lord. Cette nuance n’entache en rien la qualité intrinsèque du film de Curtis, relecture soignée et à l’esthétique superbe qui aurait gagné en efficacité s’il avait su se concentrer sur Jack Palance, dont chacune des scènes envoûte.

Note : 8/10

La Maison de Dracula

Synopsis

Le conte Dracula se rapproche du Dr Edelman afin de se débarasser des effets du vampirisme. Mais ce n’est qu’une ruse pour se rapprocher de la belle assistante du docteur et la convertir en vampire. Pendant ce temps, Larry Talbot cherche à rencontrer ce docteur, lui qui souhaite sincèrement guérir de sa lycanthropie…

Notre avis

Soucieux de remédier à sa malédiction, le comte Dracula demande l’expertise du docteur Franz Edelmann. Les conséquences en seront…monstrueuses. Avec La Maison de Dracula (1945), c’est tout un petit monde de l’horreur qui prend vie au sein d’un manoir – qui donne son titre au film – aussitôt changé en maison hantée. Le plaisir de voir à l’écran les grands monstres de la Warner suffit à compenser les défauts d’une œuvre dispensable, mais attachante.

 

À la manière des super-héros contemporains qui aiment se rassembler et unir leur force – ce qui occasionne des imbroglios narratifs et contraint les scénaristes à réécrire sans cesse la mythologie desdits personnages –, les grands monstres de la Warner ont eux aussi partagé des aventures communes, comme c’est le cas dans La Maison de Dracula, réalisé en 1945 par Erle C. Kenton. C’est ici l’unité domestique de la maison qui sert de cadre à la renaissance des personnages iconiques, un petit manoir que la réalisation peine néanmoins à incarner : un seul plan délimite la propriété depuis l’extérieur, si bien que le spectateur ne réussit que vaguement à se figurer la bâtisse dont il est question. Dans la tradition des films horrifiques de l’époque, l’espace est composé d’une collection de salles stéréotypées – le laboratoire et le salon pour l’espace intime, une cellule de prison et une chambre d’hôpital pour l’espace public – que raccorde une course-poursuite finale plutôt haletante.

Car il faut souligner la qualité de la mise en scène, aussi propre que pragmatique, qui sait placer sa caméra là où l’exige l’intrigue. De belles surimpressions d’images confèrent au long-métrage une esthétique particulière, notamment cette scène de rêverie psychédélique dans laquelle s’interposent les personnages à tour de rôle. Le travail de l’ombre pose d’emblée une symbolique du double : qu’il s’agisse de Dracula, de Talbot ou d’Edelmann, la transformation hante les pas de protagonistes pouvant être à tout moment surpris par leur nature changeante. Les surimpressions viennent superposer deux couches de réalités, comme les deux versants opposés d’une même médaille identitaire. Le vampirisme lui-même perd son aspect légendaire et se voit traité telle une maladie infectieuse qu’il faut combattre au moyen de transfusions sanguines. Il y a, dans le sang de Dracula, un « parasite » qui l’empêche de mourir. L’ombre des personnages est donc à la fois une métaphore de leur dualité intérieure – un monstre aimerait goûter à la normalité, un docteur aux vertus de l’immortalité – est une fatalité contre laquelle les actions humaines s’avèrent bien impuissantes.

Soulignons également la beauté de la composition musicale qui offre à chaque monstre un petit thème marquant tout en soufflant au film une atmosphère gothique des plus réussies. On regrettera, à terme, que le bestiaire horrifique formé par les grands monstres du genre ne donne lieu à davantage d’effets dramatiques : l’agitation finale se stoppe brutalement et laisse le spectateur sur sa faim. Le monstre de Frankenstein, par exemple, se réveille quelques minutes à peine avant le générique de fin. Dommage. D’autant que la prestation de John Carradine en Dracula s’avère peu marquante : nous sommes loin du charisme d’un Bela Lugosi ou d’un Christopher Lee. S’il n’est donc pas indispensable, La Maison de Dracula mérite néanmoins le coup d’œil pour la qualité de sa mise en scène et le plaisir que l’on éprouve devant cette réunion des monstres sacrés du cinéma d’épouvante.

Note : 5/10

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