Avant d'entrer dans le classement, une précision s'impose. Le terme "slasher" recouvre des réalités cinématographiques assez différentes selon les époques et les auteurs. Nous avons retenu une définition large mais rigoureuse : tout film centré sur un tueur s'en prenant méthodiquement à un groupe de victimes, avec une mise en scène qui accorde une place centrale aux meurtres et à la survie. Certains films de cette liste flirtent avec le giallo, d'autres avec le survival. C'est précisément ce qui les rend intéressants.
Ce qui distingue Bava de ses successeurs américains, c'est une sophistication visuelle et une ironie noire que le slasher des années 80 abandonnera presque totalement au profit de l'efficacité brute. La Baie Sanglante est moins un film d'horreur qu'une satire féroce de la cupidité humaine, où les tueurs finissent par se tuer entre eux pour une propriété au bord de l'eau. Vendredi 13 lui empruntera directement plusieurs de ses meurtres les plus célèbres sans jamais atteindre cette densité narrative.
Sean S. Cunningham, réalisateur de Vendredi 13, a reconnu s'être directement inspiré de La Baie Sanglante. Certains meurtres du film de 1980 sont des reprises quasi à l'identique de ceux imaginés par Bava en 1971.
Black Christmas est injustement méconnu du grand public, éclipsé par le succès commercial d'Halloween qui lui doit pourtant énormément. Clark aurait d'ailleurs suggéré à Carpenter l'idée d'une suite à Black Christmas, ce qui aurait donné Halloween selon la légende. Ce que Black Christmas apporte de décisif, c'est la tension psychologique pure, sans gore excessif, construite sur ce qu'on ne voit pas plutôt que sur ce qu'on montre.
Bob Clark est aussi le réalisateur d'A Christmas Story, comédie familiale culte aux États-Unis. L'homme qui a posé les bases du slasher a également signé l'un des films de Noël les plus aimés du cinéma américain.
Jamie Lee Curtis, alors en pleine période slasher après Halloween et Prom Night, porte le film avec une efficacité remarquable. Terror Train a le bon goût d'exploiter intelligemment son décor unique, le train comme espace clos et labyrinthique, plutôt que de l'utiliser comme simple toile de fond. Un film mineur mais cohérent et bien construit.
Jamie Lee Curtis y apparaît à nouveau, dans un rôle plus actif que dans Halloween. Le film est lent à démarrer, ce que beaucoup lui reprochent, mais cette lenteur construit une tension qui rend la seconde moitié d'autant plus efficace. Prom Night n'est pas un chef-d'oeuvre mais c'est un représentant honnête et regardable de son époque.
Ce qui rend Maniac inconfortable et fascinant à la fois, c'est l'absence totale de distance. Le film refuse de juger son personnage depuis l'extérieur, il le laisse exister dans toute sa pathologie, avec une performance de Spinell d'une intensité troublante. Les effets gore de Tom Savini sont parmi les plus réalistes jamais filmés à l'époque. Un film qui pousse le slasher dans ses retranchements les plus sombres.
Maniac a été refait en 2012 avec Elijah Wood dans le rôle principal, dans une version entièrement filmée en point de vue subjectif. La version originale reste néanmoins la plus dérangeante des deux.
Au-delà de la lecture féministe, Slumber Party Massacre est aussi un slasher efficace, bien rythmé, qui ne s'embarrasse pas d'une psychologie excessive. Sa réalisatrice Amy Holden Jones en fait un objet plus conscient de ses propres mécanismes que la moyenne de sa catégorie, ce qui lui vaut une place dans les études sur le genre bien supérieure à ce que son budget laisserait supposer.
C'est ce soin apporté à la structure narrative qui le différencie de la production de série de son époque. The House on Sorority Row n'est pas un film de virtuosité formelle mais c'est un slasher bien construit, dont la logique interne tient la route et qui réserve quelques surprises à un spectateur averti. Un représentant solide et sous-estimé du genre.
Ce final, qu'on se gardera bien de révéler ici, a fait couler des fleuves d'encre depuis 1983. Certains y voient une provocation gratuite, d'autres une exploration maladroite mais sincère de questions d'identité de genre à une époque où le cinéma n'avait aucun outil conceptuel pour les traiter. Quoi qu'on en pense, Sleepaway Camp est un film dont on ne ressort pas indifférent, ce qui est déjà beaucoup.
Au-delà du scandale, Silent Night Deadly Night est un slasher plus intéressant qu'il n'y paraît. Le film prend le temps d'expliquer la genèse psychologique de son tueur, un enfant traumatisé par une figure d'autorité religieuse pervertie, ce qui lui donne une profondeur inhabituelle dans le genre. Le Père Noël comme figure de terreur est une idée simple mais redoutablement efficace, et le film l'exploite avec une cohérence surprenante.
Mickey Rooney, qui avait signé une pétition contre le film à sa sortie en dénonçant son immoralité, acceptera quelques années plus tard de jouer dans Silent Night Deadly Night 5. Une volte-face qui en dit long sur les compromis du show-business.
Ce qui élève The Burning au-dessus de la concurrence, ce sont les effets spéciaux de Tom Savini, qui avait refusé de travailler sur Vendredi 13 2 pour ce film, et la mise en scène de la scène du radeau, l'une des séquences les plus efficacement horrifiques de toute la décennie. Le film est aussi le premier à avoir mis Harvey Weinstein et Bob Weinstein au générique en tant que producteurs.
The Burning est l'un des premiers films produits par Miramax. On y trouve également dans de petits rôles un certain Jason Alexander, futur George Costanza de Seinfeld, et Holly Hunter à ses tout débuts.
Le film se distingue par son ancrage dans un milieu ouvrier concret et sa galerie de personnages adultes plutôt que la traditionnelle bande d'adolescents, ce qui lui confère une texture sociale inhabituelle dans le genre. La mine comme décor de la seconde moitié est une trouvaille remarquable, claustrophobique et visuellement originale. My Bloody Valentine a été victime de coupes sévères imposées par la MPAA à sa sortie, et sa version intégrale restaurée révèle un film encore plus efficace.
Freddy Krueger est une création géniale dans sa conception originale, avant que les suites n'en fassent une mascotte. Dans ce premier film, il est rare, presque hors champ, une présence menaçante plus qu'un personnage bavard. Craven joue constamment sur la frontière rêve-réalité avec une inventivité formelle qui dépasse largement les ambitions habituelles du genre. Les Griffes de la Nuit est un film d'auteur déguisé en slasher de série B.
Vendredi 13 n'est pas un grand film mais c'est un film parfaitement calibré pour produire ce qu'il cherche à produire. Sa structure répétitive et mécanique, souvent citée comme une faiblesse, est en réalité une mécanique narrative délibérée qui génère une tension par accumulation. La franchise qu'il engendre sera inégale mais Jason Voorhees s'imposera comme l'une des figures les plus reconnaissables de la culture populaire mondiale.
Michael Myers est la réussite formelle la plus complète du genre. La déshumanisation totale du tueur, sa lenteur apparente contredite par son omniprésence, son masque blanc qui renvoie le néant, tout concourt à faire de lui une figure de terreur pure plutôt qu'un personnage. La bande originale de Carpenter, composée en trois jours, est l'une des plus efficaces de l'histoire du cinéma d'horreur. Halloween mérite sa place en tête de classement, il ne doit la céder qu'à un seul film.
La scène d'ouverture avec Drew Barrymore est à elle seule un manifeste. En tuant la star la plus connue du film dans les douze premières minutes, Craven signale que les règles ont changé, que personne n'est à l'abri, que le spectateur averti sera puni de sa confiance autant que récompensé de sa culture. Scream est le film qui clôt l'âge d'or du slasher en le comprenant mieux que n'importe lequel de ses prédécesseurs.
Le scénario de Kevin Williamson fut écrit en trois jours, après que son auteur eut regardé seul chez lui une interview de Ted Bundy à la télévision. La peur ressentie cette nuit-là, seul dans une maison vide, est à l'origine de tout le film.
Ce dossier fait partie d'une série complète sur le slasher. Le top des meilleurs slashers modernes (2000 à aujourd'hui) arrive prochainement sur Au Cœur de l'Horreur.
