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Martyrs

Synopsis

L’histoire se déroule en France, au début des années 1970. Enlevée quelques mois plus tôt, séquestrée et torturée dans un endroit mystérieux, la jeune Lucie est retrouvée errante sur une route de campagne, incapable de raconter ce qu’elle a enduré.

Critique

Voilà de nouveau remis sur le tapis l’éternel débat concernant les remakes. À de nombreuses reprises et pas uniquement dans le cinéma horrifique, cette manœuvre d’interprétation, d’appropriation ou d’inspiration a montré ses limites, très souvent dictées par de sombres préoccupations mercantiles. Ce qui a finalement abouti par provoquer d’instinctives réactions de méfiance envers ces réalisations. Pas toujours à juste titre d’ailleurs, car il est des remakes qui méritent une attention toute particulière. Qu’en sera t-il de l’œuvre des Frères Goetz qui s’attaquent à un monument du cinéma horrifique, français qui plus est, à savoir Martyrs de Pascal Laugier. L’original a en 2008 fait l’effet d’une bombe, tant sa brutalité et son absence de concessions l’ont élevé au panthéon des films cultes du cinéma de genre français. Mon propos sera ici décomposé en deux segments : La critique du film des frères Goetz d’une part, puis la critique du remake de Pascal Laugier d’autre part. Et ne pensez pas qu’il s’agisse du même film, et ce pour la simple raison que le regard porté dessus sera bien différent…

Lucie, une petite fille de dix ans, est retrouvée errant sur la route. Les raisons de son enlèvement restent mystérieuses. Traumatisée, mutique, elle est placée dans un hôpital où elle se lie d’amitié avec Anna, une fille de son âge. 15 ans plus tard, Lucie est toujours hantée par ses démons, mais elle semble avoir réussi à retrouver ses ravisseurs … Alors que ces deux amies pensent se rapprocher de la vérité, elles vont vivre un véritable cauchemar.

Le film des frères Goetz s’articule autour de trois axes, distincts mais tous reliés. Un choix qui n’est pas anodin quand l’on connaît la thématique du film, et qui peut se définir comme les trois états du corps humain suivant la théorie des martyrs : La vie, la mort et l’état de témoin (qui est la définition étymologique du mot martyr).
Le déroulement se fera du reste suivant cet ordre.

Le film débute de façon très classique en nous présentant l’enfance des deux héroïnes (la vie). On nous propose de suivre leur rencontre et de découvrir les liens qui les unissent. On comprend assez rapidement que l’une d’elles traîne derrière elle un passé lourd de mystères et de souffrances. Le scénario se fait d’emblée assez direct, car on découvre très vite les angoisses de Lucie et les visions qui la hantent. Ce qui permet au spectateur de mettre en marche sa mécanique de réflexion très tôt et de façon assez pertinente, les indices étant distillés au compte-goutte sur la première demi-heure. Ce premier segment s’avère plutôt bon malgré un aspect un peu répétitif. Ce n’est pas rédhibitoire mais il ne faut pas perdre de vue qu’un réalisateur n’a qu’une seule chance par film de faire bonne impression. Et c’est d’autant plus dommage que les frayeurs enfantines sont très souvent d’excellents vecteurs d’angoisse pour le spectateur.

S’en suit la seconde partie qui relate la vengeance de Lucie (la mort). On fait ici un bond dans le futur (comme si le premier segment pouvait suffire à justifier le reste du récit, ce dont je doute…) et on retrouve une Lucie jeune femme qui, sans que l’on sache de quelle façon, retrouve ses bourreaux pour une sanglante vendetta. À aucun moment le scénario ne dévoile encore les méfaits qu’ont pu commettre les membres de cette famille de parfaits américains modèles. L’action va alors assez vite, mais la confusion gagne à juste titre le spectateur, qui pourrait s’étonner du contraste entre la réaction de Lucie, qui s’attriste presque de son acte, et ses paroles très fortes et affirmées quant aux souffrances qu’elle a subies. Et cette ambiguïté va diriger la quasi-totalité de ce second segment, à tel point que le personnage de Lucie gagne presque à devenir ridicule. On découvre également l’origine de ces visions, et une mauvaise gestion de l’espace-temps trahit cet atout scénaristique qui aurait pu continuer à alimenter l’imaginaire du spectateur encore de nombreuses minutes.

Vient enfin le cœur de l’histoire, ce qui en légitime le titre et la raison d’être, avec le segment de la recherche de l’état de témoin. On entre dans une ambiance certes glauque (qui rappellera certainement des plans déjà vus dans la franchise Hostel) mais on ressent sans peine le manque d’engagement des réalisateurs dans la dimension gore qu’aurait certainement du prendre le scénario. Car tout est ici très propre, très pudique et à peine dévoilé. D’ailleurs, la dimension religieuse est bien plus présente et ostentatoire que l’horreur a proprement parlé. Ce qui s’avère être en parfaite opposition avec la démarche de cette organisation qui recherche par la souffrance à atteindre un état de survie presque divin. Le scénario élude ici la souffrance, les sévices qui devraient mener à cette souffrance, et minimise par le fait la portée du message que cherche à transmettre le récit. Car quand enfin on découvre la scène finale et la crucifixion de Lucie, tout devient plus évident et l’histoire prend tout son sens. Et ce sens, que le spectateur soit croyant ou non d’ailleurs, ne peut laisser indifférent car il représente une des plus grandes questions de l’histoire de l’humanité, mais aussi un des seuls mystères que la science n’a pas pu à ce jour élucider. Il aurait été d’autant plus judicieux de transformer ce climax en apothéose sans jouer cette partition sans saveur qui finit de clôturer 86 minutes somme toute assez décevantes.

Dans l’ensemble, le film des Goetz Brothers ne présente rien qui puisse le rendre indispensable, et c’est d’autant plus dommage qu’il aurait été très simple de prendre une direction différente, peut être plus froide et brutale, afin d’illustrer plus efficacement ce thème qui pourrait allier à merveille des dimensions religieuse, charnelle et cruelle dans un ensemble moins enjolivé et moins commercial. Jouer du visuel pour orienter l’atmosphère vers une tension plus palpable, abandonner les couleurs chaudes pour des tons plus glaciaux et avec une mise en scène moins scolaire.

Mais il ne faut pas occulter le fait que ce film est un remake du film éponyme réalisé par Pascal Laugier en 2008.

Et il s’avère très difficile de savoir par où commencer cette comparaison, tant je considère ce film comme étant une immense déception, qui semble totalement à contre-pied de ce que l’on aurait pu attendre d’une réalisation d’outre atlantique, mais aussi d’une réinterprétation de l’œuvre culte de Laugier. En effet, le cinéma américain est capable, et cela n’est plus à prouver, de proposer des métrages efficaces et judicieux. Et sachant que ce métrage s’appuie sur une œuvre extrêmement déroutante et indélébile, il aurait été vraisemblablement assez simple d’en extraire les indispensables pour en faire un indispensable. Alors comment expliquer la transformation de ce récit incroyablement intense en une comptine pour adolescents en manque d’émotions.

Le récit original a en effet subit un lissage qui le prive de toute saveur. Exit les images violentes, les visuels dérangeants et la tension palpable de l’original, les Frères Goetz ont joué la carte du politiquement correct en s’assurant pour le coup de pouvoir toucher le plus large public possible, s’évitant ainsi les fâcheuses restrictions anti-commerciales des organismes de surveillance de l’audiovisuel. Un formatage en règle dans la sphère du lucratif tous azimuts. D’une part, les réalisateurs ont opté pour une plus longue narration de l’enfance des deux jeunes fillettes, point qui aurait pu avoir le mérite d’apporter une plus-value à l’original. Raté… Ensuite, le scénario élude trop rapidement les visions de Lucie, en remplaçant le traitement visuel par une approche plus psychologique. C’est encore ici une erreur car cela transforme totalement la portée du récit et contrariera sans aucun doute les fans de la première heure. Et il en va de même pour la partie qui sert de noyau à ce scénario, à savoir la recherche de l’état de martyr. Quand l’original ne laisse aucun doute sur les sévices subis, et les montre d’une façon merveilleusement racoleuse, le remake les élude tout simplement, en se contentant de nous refiler l’unique scène du scalp dorsal, d’une banalité affligeante. Pire, on essaie de nous vendre le climax du film à grand coup de dialogues inconsistants et interminables. Laugier avait fait le choix de montrer plus, de faire ressentir au spectateur chaque coup encaissé, chaque blessure infligée, et de faire payer par le dégoût chaque goutte de sang versée.

Alors pourquoi ne pas surenchérir ? Le mieux est bel et bien l’ennemi du bien, et à vouloir faire plus ordonné, plus esthétique et plus abordable, ce qui aura fait la réussite de l’original se sera dilué dans cette réalisation hyper scolaire et tellement timide, ne laissant aucune chance à ce remake d’exister en étant dans l’ombre de l’opus original.

Le constat se révèle étrangement similaire à celui que m’avait inspiré le remake de Freddy, Les Griffes de la nuit de Samuel Bayer. Pour s’attaquer à une œuvre phare de la culture horrifique, mieux vaut être vraiment bien inspiré. Et chercher avant tout les atouts de l’œuvre originale, pour s’en servir comme fil conducteur. Dans le cas de Martyrs, les frères Goetz ont privé leur réalisation de tout ce qui a rendu le film de Laugier inoubliable, et se sont privés par le fait d’un succès qui était facilement accessible. Mais à leur décharge, j’avoue qu’il aurait été difficile d’égaler l’original, et risqué de le plagier. On pourrait en déduire que, finalement il serait certainement plus opportun d’envisager le remake d’œuvres au succès mitigé, moins scabreuses que le remake de succès avérés…

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4

10

NOTE

4

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4

Informations

Réalisateurs : Kevin Goetz, Michael Goetz

Acteurs : Troian Bellisario, Caitlin Carmichael, Kate Burton, Toby Huss

Genre : Horreur

Pays d’origine : États-Unis

Production : Blumhouse Productions, Safran Company, The, Temple Hill Entertainment

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Né au milieu des sorties de Evil Dead, Le Tueur du Vendredi, ou encore de La Maison Près du Cimetière, mon héritage paternel m'a permis de grandir parmi les cassettes V2000. Il faut vivre avec son temps ? C'est vrai mais je voue un culte inébranlable au patrimoine horrifique depuis les seventies, que je considère comme le ciment de nos émotions aujourd'hui. Mon moteur : Ars Gratia Artis, ma passion : le cinéma, mon nom : Le Druide...

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