La violence de Martyrs est d'une intensité que peu de films ont osé, mais elle n'est jamais séparable de sa dimension philosophique. C'est ce qui le distingue de tous ses contemporains et de la quasi-totalité du cinéma d'horreur mondial. Régulièrement cité parmi les meilleurs films d'horreur jamais réalisés. Son remake américain de 2015 reste unanimement considéré comme une trahison totale de l'original.
Ce qui distingue Franju de tous ses successeurs, c'est son refus du spectacle. La scène de greffe est d'une précision chirurgicale saisissante, mais c'est la mélancolie du film, sa tristesse profonde, qui reste longtemps après la projection. Les Yeux sans visage est un film sur l'amour paternel devenu monstrueux, sur la beauté comme obsession mortifère. Un chef-d'oeuvre absolu qui a influencé Almodovar, Alain Resnais et John Carpenter.
Plusieurs spectateurs s'évanouirent lors de la présentation du film à l'Edinburgh Film Festival en 1960. Le film fut interdit dans plusieurs pays et n'obtint une distribution américaine que sous un titre différent et amputé de plusieurs scènes.
Ce qui élève le film au-dessus de la simple provocation, c'est la charge émotionnelle qui traverse chaque scène. Il y a dans la confrontation entre ces deux femmes quelque chose qui dépasse la violence pour atteindre une dimension presque mythologique. Un film sur la maternité, le deuil et le désir de vie qui prend les formes les plus radicales qui soient.
Hitchcock voulait acquérir les droits du roman avant Clouzot et ne lui pardonnera jamais de l'avoir devancé. Il s'en est directement inspiré pour Psychose. Les Diaboliques pose la règle fondamentale du cinéma d'horreur français : la menace la plus terrifiante est celle qui vient de l'intérieur du foyer.
Le twist final divise encore aujourd'hui, mais il impose une chose : ce cinéaste a quelque chose à dire sur la façon dont le genre construit et manipule le regard du spectateur. Haute Tension ouvre les portes d'Hollywood à son réalisateur et lance officiellement la Nouvelle Extrémité sur la scène internationale.
Frontière(s) est le film le plus politique de la Nouvelle Extrémité, et c'est ce qui lui donne une profondeur supplémentaire par rapport à ses contemporains. La violence n'est pas déconnectée de son contexte, elle en est le produit direct.
Le premier film de Ducournau révèle une cinéaste d'une maturité et d'une précision formelle rares pour un premier long-métrage. Il prépare Titane et la Palme d'Or qui suivra cinq ans plus tard, mais possède une cohérence et une économie narrative que le film suivant n'atteint pas toujours.
Inspiré de faits divers réels, revendiquant cette filiation dès les premiers cartons, Ils produit une angoisse diffuse et durable qui tient à sa maîtrise formelle impeccable. La révélation finale sur l'identité des agresseurs reste l'une des plus dérangeantes du cinéma d'horreur français.
Vermines rappelle que le meilleur cinéma d'horreur français a toujours su parler de la France à travers ses peurs. Sam Raimi l'a rapidement repéré et lui a confié le prochain volet d'Evil Dead. La relève est assurée.
Ce qui le distingue dans le paysage du film de zombie européen, c'est son ancrage dans la culture populaire française et son humour qui ne trahit jamais le genre. Goal of the Dead prouve que l'horreur française n'est pas condamnée à la noirceur absolue pour exister.
Ce qui rend La Nuée remarquable, c'est la performance de Suliane Brahim, qui porte le film sur ses épaules et lui donne une dimension émotionnelle que peu de films de genre atteignent. Un film sous-estimé qui mérite une place dans toutes les discussions sérieuses sur l'horreur française contemporaine.
Ce qui surprend dans Teddy, c'est l'équilibre entre la tendresse pour son personnage et la noirceur de ce qu'il devient. Les frères Boukherma ne jugent pas Teddy, ils l'accompagnent dans sa transformation avec une empathie qui rend le film plus troublant encore que si le personnage était simplement monstrueux.
Film injustement oublié qui mérite d'être (re)découvert par tous les amateurs de cinéma fantastique français. Maurice Tourneur, père de Jacques Tourneur (La Féline, La Nuit du chasseur), livre ici un objet élégant et inquiétant qui n'a pas pris une ride.
Trouble Every Day est un film polarisant, souvent incompris à sa sortie, qui a depuis trouvé un public de cinéphiles qui reconnaissent en lui quelque chose d'unique : la preuve qu'un grand cinéaste de la modernité peut s'approprier les codes de l'horreur sans les trahir ni se trahir. Avec Vincent Gallo et Béatrice Dalle dans des rôles qui marquent durablement.
La performance de Vincent Cassel est à elle seule une raison suffisante de voir le film. Il joue le berger avec une énergie et une imprévisibilité qui rappellent les grands rôles de composition du cinéma de genre international, en y ajoutant quelque chose de spécifiquement français et de profondément perturbant. Un film culte underground qui mérite un public plus large.
Kim Chapiron a tourné Sheitan avec un budget très limité et une équipe composée en grande partie de membres du collectif Kourtrajmé, dont il est cofondateur avec Romain Gavras. Le film a été découvert par un public plus large grâce au bouche-à-oreille et reste un objet culte dans les cercles du cinéma de genre français.
