Damian McCarthy est devenu en quelques années l'une des voix les plus singulières du cinéma d'horreur irlandais. Caveat d'abord, puis Oddity — des films d'une sobriété formelle qui ont su créer un malaise durable avec peu de moyens. Hokum représente sa première incursion dans le circuit hollywoodien, distribué par NEON avec Adam Scott en tête d'affiche et un budget cinq fois supérieur à ses productions précédentes. Le résultat est indéniablement plus ambitieux. C'est aussi, paradoxalement, un film dont on ne retient presque rien une fois la lumière rallumée.
Un romancier et ses fantômes
Ohm Bauman (Adam Scott) est un écrivain d'horreur cynique, désagréable, fermé au monde. Il se rend dans une auberge irlandaise reculée pour disperser les cendres de ses parents. Sur place, le personnel lui relate la légende d'une sorcière qui hanterait la suite nuptiale. Des visions troublantes commencent. Un personnage disparaît. Et Ohm, peu à peu, se retrouve confronté à quelque chose qui dépasse la simple superstition locale.
Ce qu'on apprendra progressivement, c'est le poids que porte ce personnage : enfant, il a accidentellement tué sa mère en jouant avec le revolver de son père. Le père, incapable de lui pardonner, a sombré dans l'alcool jusqu'à en mourir. Ohm a construit sur ce double deuil et cette culpabilité une carrière dans le genre qui effraie, comme si écrire la peur des autres était une façon d'exorciser la sienne. La sorcière, dans cette logique, ne serait que le miroir de ce qu'il a enfoui.
L'atmosphère comme seul territoire
Ce qui fonctionne dans Hokum, et fonctionne vraiment bien, c'est l'atmosphère. McCarthy a considérablement progressé dans sa maîtrise de l'espace et de la lumière. L'auberge irlandaise devient rapidement un espace oppressant, chargé d'une présence diffuse et permanente. Le film ne cherche à aucun moment à faire sursauter. Les apparitions de la sorcière sont annoncées, anticipées, et c'est précisément ce qui les rend inquiétantes : on les voit venir et on ne peut rien faire. McCarthy choisit de montrer ses fantômes sans les transformer en machines à jump scares, leur laissant une présence presque banale qui installe un malaise souterrain et continu.
La malédiction est là, elle a toujours été là, et elle ne sera pas vaincue. On la subit, on l'évite si on peut, mais c'est tout.
Plus intéressant encore, le film prend le parti de ne jamais chercher à combattre la malédiction. Pas d'enquête laborieuse sur l'origine de la sorcière, pas de rituel de purification, pas de climax où le héros affronte le mal en face. Dans un genre qui abuse des résolutions pseudo-mystiques et des combats finaux grotesques, ce refus du schéma classique est une vraie bouffée d'air frais.
Le gouffre entre l'intention et l'émotion
Là où Hokum échoue, c'est dans tout ce qui devrait donner de la chair à son dispositif atmosphérique. Le background du personnage principal est révélé lors d'une scène de bar avec la serveuse de l'hôtel : un dialogue d'exposition directe, presque clinique, où les traumatismes sont balancés sans détour et sans subtilité. On comprend intellectuellement ce qu'Ohm a vécu. On ne le ressent jamais.
Cette distance est d'autant plus problématique que le film place au centre de son récit une tentative de suicide : Ohm est retrouvé dans sa chambre, sauvé de justesse par la serveuse. Cet acte, qui devrait constituer le point de bascule émotionnel du film, est traité avec une étrange désinvolture, expédié comme s'il était anecdotique. La détresse qui aurait dû mener le personnage à cet acte n'a jamais vraiment été montrée. La culpabilité qui aurait dû en découler n'est jamais vraiment ressentie. Même après, Ohm reste aussi distant, aussi opaque, aussi difficile à saisir qu'au début. On a l'impression que le film utilise cet acte comme déclencheur narratif sans jamais prendre la mesure de ce que ça représente humainement.
La relation avec le père, la façon dont ce rejet paternel a façonné l'homme qu'Ohm est devenu, aurait pu être un fil narratif puissant. Elle est à peine effleurée. Et les apparitions fantomatiques finales, censées matérialiser la culpabilité du personnage et boucler le propos, arrivent trop tard et trop vite pour convaincre.
Adam Scott, ancre du film
Ce qui sauve le film de lui-même, c'est Adam Scott. Sa notoriété et sa présence naturelle tirent le personnage vers le haut malgré les limites de l'écriture. Il incarne cet homme désagréable et fermé avec une justesse qui rend le personnage supportable, presque attachant par instants, même quand le scénario ne lui donne pas les outils pour exister pleinement. Sans lui, la distance émotionnelle aurait probablement été rédhibitoire.
Hokum se laisse regarder du début à la fin sans déplaisir. L'atmosphère est maîtrisée, la mise en scène nettement supérieure à Oddity, et le refus du schéma classique du film de possession est une décision courageuse et bienvenue. Mais une fois le générique passé, le film ne laisse rien derrière lui. Pas de scène marquante, pas d'image qui s'incruste, pas d'émotion qui perdure. Hokum est un film qui chuchote là où il aurait dû hurler, qui préfère l'ambiance au vertige, et qui finit par rester prisonnier de ses propres limites psychologiques. Damian McCarthy confirme un talent formel indéniable. Il lui manque encore la profondeur pour en faire un grand film.
Fiche du film
- Titre originalHokum
- RéalisationDamian McCarthy
- ScénarioDamian McCarthy
- AvecAdam Scott, Florence Ordesh, David Wilmot, Peter Coonan, Austin Amelio
- PhotoColm Hogan
- MusiqueJoseph Bishara
- ProductionSpooky Pictures, Tailored Films
- DistributionNeon
- PaysÉtats-Unis / Irlande
- Durée1h 47
- Sortie USA1er mai 2026
- GenreHorreur surnaturelle
